Le problème et la solution

Salah Chalah, pasteur de l’église Thafath que beaucoup, comme nous découvrent à la faveur de l’entretien qu’il vient d’accorder au Soir d’Algérie doit être un homme bien courageux. Afficher publiquement son choix religieux et s’en revendiquer dans l’univers d’intolérance qui est le nôtre mérite toujours quelque respect. Courageux mais réaliste, M. Chalah devait savoir ce qui l’attendait et il a poussé jusqu’au bout ses capacités d’endurance et celles de sa communauté de pratiquants. Il les a poussées très loin, au point de trouver que les jets de pierres dont ils font l’objet de temps en temps n’étaient pas si grave. Ecoutons-le : « Depuis une dizaine d’années d’existence, nous n’avons jamais ressenti une manifestation d’hostilité, ni de mépris de la part de la population. Il y a bien sûr, des semaines où nous avons droit à des jets de pierres et de gros mots, mais ce sont des cas isolés…  » On peut donc comprendre que ce vénérable pasteur qui vit quand même parmi les siens et n’est donc pas tombé du ciel -sans jeu de mots- soit conscient que les choses allaient être très dures pour lui et les siens. De ce fait ils devaient se préparer à toutes les difficultés en faisant peut-être plus que tendre l’autre joue. Mais là où notre pasteur semble entièrement déphasé, c’est quand il était formule l’espoir de voir l’Etat œuvrer dans le sens de l’ouverture. « C’est à l’Etat, à travers toutes ses institutions, que revient la responsabilité de l’éducation au civisme et au respect des différences.  »

Il est peut-être nécessaire de rappeler comment « l’Etat » et ses institutions ont œuvré au respect des différences. En jetant l’opprobre sur la Kabylie coupable d’abriter une évangélisation à grande échelle. En « inspirant » des campagnes de presse d’une rare violence contre les « nouveaux convertis.  » En condamnant à la prison une femme pour détention de bible et « pratique illicite » d’une autre religion que l’Islam. En condamnant des jeunes pour non observance de Ramadhan… La liste des fois où l’Etat et les institutions a illustré sa volonté de faire respecter les différences peut encore s’allonger aux « chrétiens présumés » qui ont perdu leur emploi et M. Chalah en a vaguement parlé dans son entretien, ce qui en rajoute une couche au fait d’attendre que le problème devienne la solution. Le vénérable pasteur est bien sûr libre de son discours et de son ton forcément différents de celui du militant, mais en l’occurrence c’est de libertés qu’il s’agit.

S. L.

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