Ayant pris des engagements ailleurs, il a été contraint de quitter Tamanrasset avant la fin du festival. Toutefois, il a bien voulu nous livrer ses impressions et nous parler de ses projets, nés grâce à cette manifestation inédite qui a permis de réunir, pour la première fois, tous les Amazighs d’Algérie. Katchou propose un travail commun entre artistes chaouis, kabyles, touaregs et mozabites. Une idée vraiment géniale et originale.
La Dépêche de Kabylie : Pour le moment, vous êtes la vedette de ce festival. D’ailleurs le public touareg de Tamanrasset a l’air de connaître vos chansons puisqu’il vous a accompagné.
Katchou: Effectivement. Toutefois, cela n’a rien de sorcier puisque j’ai l’habitude de chanter à Tamanrasset, et cela même si je ne l’ai pas fait depuis quatre ans. Donc, le contact était établi depuis longtemps.
Mais, qu’avez-vous ressenti face à cet accueil chaleureux, d’autant plus que vous venez de déclarer que vous n’avez pas chanté à Tamanrasset depuis quatre ans ?
Ce que je retiens surtout, c’est le fait que nous soyons sortis de l’ordinaire. Je veux dire par là que jusqu’à aujourd’hui, tout ce qui est amazigh faisait penser uniquement à Béjaïa ou à Tizi-Ouzou, la Kabylie quoi.
Donc, ce rendez-vous de Tamanrasset nous a permis de dire que les Chaouis, les Mozabites, les Touaregs sont aussi des Amazighes au même titre que les Kabyles. C’est la fête de tous les Berbères d’Algérie.
Vous voulez dire que le fait d’institutionnaliser le festival national de la musique et de la chanson amazighes a une importance capitale pour réunir tous les Berbères d’Algérie ?
Oui. Car je le répète encore une fois, la grande majorité des Algériens pensent qu’Amazigh veut automatiquement dire Kabyle. Or, les Berbères d’Algérie se trouvent sur tout le territoire national.
Mais à part vous, qui d’ailleurs avez été invité comme vedette pour animer une soirée durant ce festival, que pensez-vous de la relève de la chanson chaouie, notamment, les participants au concours de ce festival ?
Actuellement, il y a, et c’est mon avis personnel, une dégradation totale. Et c’est valable aussi bien pour les Kabyles que pour les autres.
Par exemple, je cite un grand problème relatif à cette manie de ne faire que des reprises. Pratiquement tous les tubes sont repris dans tous les genres, ça, ce n’est qu’un premier point de cette « dégradation » que je tiens à citer. Je pense que les jeunes artistes devraient faire plutôt des recherches et de la création. D’ailleurs, en plus de la création, je suis persuadé que même si on reprenait notre riche patrimoine des chansons traditionnelles de nos montagnes avec des arrangements modernes bien travaillés, cela ferait un tabac.
Maintenant, avec ce Festival national de la musique et de la chanson amazighes de Tamanrasset, est-ce que vous n’avez pas l’intention de vous spécialiser dans la pure chanson exclusivement chaouie ?
Je pense plutôt à des échanges et à des travaux en commun. Par exemple, des duos kabylo-chaouis ou autres.
Ce genre de festivals est, pour moi, une opportunité pour cela. Cela ne sert à rien de faire des spectacles et de repartir comme si de rien n’était. Bon là, je ne vous donne qu’une idée…
Cela va peut-être venir. Mais, il faudra que des artistes fassent le premier pas, n’est-ce pas?
En effet, je viens d’avoir des propositions pour chanter des poèmes en targui.
En tout cas, cela me tente et il se pourrait même que l’on fasse quelque chose ensemble.
Bon, c’est un contrat personnel mais je souhaite que cela se généralise.
En ce qui concerne cette poésie targuie, sera-t-elle chantée sur des rythmes touaregs ou chaouis ?
Je pense plutôt à un mélange car cela pourrait aboutir à un nouveau style. Il suffit de faire un travail de recherche.
Si cela se généralisait, on pourrait faire des choses magnifiques entres Chaouis, Kabyles, Mozabites et Touaregs. Je pense qu’il faudra y penser sérieusement.
Alors, puisque vous êtes contraint de quitter Tamanrasset avant la fin du festival, le mot de la fin pour le public qui ressentira certainement votre absence.
J’espère qu’il y aura du nouveau pour la prochaine édition qu’il faudrait préparer dès maintenant et, bien sûr, Tanemirt.
Propos recueillis à Tamanrasset par Tarik Amirouchen
