«Il ne nous reste plus rien à acheter pour le réveillon du Nouvel An sauf Thakejmourth», nous dit Nna Ouiza. C’est de la Bûche du réveillon dont elle parle bien évidemment. Cette pâtisserie que l’on s’arrache à la veille de chaque nouvelle année et qui coûte de plus en plus cher. Le plus petit format fait dans les 450 dinars. Mais son prix ne décourage apparemment personne. Il n y a qu’à voir les listes de commandes chez les pâtissiers de Tizi, sans compter les achats de dernière minute. Ceci dit, chère ou pas, grâce à la Bûche les pâtissiers ont du pain sur la planche ! Il n’existe pas une famille qui célèbre le réveillon sans Bûche. Il s’en trouve même qui se retrouvent avec plusieurs Bûches le soir du nouvel an. Indispensable pour fêter le réveillon, il s’en trouve des personnes qui peuvent passer des heures à attendre la sortie de ces merveilles du laboratoire des pâtissiers. Histoire d’être les premiers comme si les Bûches ne se ressemblaient pas. On trouve même parfois des gens qui font la queue pour se procurer ce dessert si cher aux palais des Tizi-Ouzouens. Cette merveille pour laquelle certains se battraient dans les deux jours qui viennent, n’est autre qu’un simple gâteau roulé, nappé de crème au beurre aux différents arômes. Un gâteau piqué droit des tables de Noël. Cette bûche a une histoire. Une simple recherche nous permet de savoir que ce gâteau est en fait relié à une autre tradition : la célébration du solstice d’hiver. En effet, depuis plusieurs siècles, la coutume voulait que lors de la veillée de Noël, l’on place dans l’âtre de la cheminée une vraie bûche. Il faut dire qu’au Moyen-Age, l’âtre ou le foyer des habitations européennes était un endroit particulièrement privilégié car il apportait chaleur, confort tout en permettant la cuisson des aliments. La bûche devait être généralement en bois franc ou encore en bois d’arbre fruitier. Le soir de Noël, avant même de commencer le repas de Noël, l’histoire de la bûche nous raconte que le maître de maison plaçait dans l’âtre la bûche et l’allumait tout en procédant à des prières, bénissant le bois à l’aide d’une branche de buis ou de laurier qui était conservée depuis la fête des Rameaux et en l’arrosant d’huile, de sel et de vin cuit afin d’éloigner les sorcières et d’assurer une bonne vendange. Dans d’autres familles, la bûche de Noël se devait d’être allumée par les jeunes filles ou encore par la mère. La taille de la bûche devait être également assez conséquente. Effectivement, l’idéal étant qu’elle puisse brûler durant 12 heures sans interruption. En la regardant se consumer, on pouvait ainsi faire de nombreuses prédictions sur le nombre de poulets qui allaient naître pendant l’année ou sur les mariages à venir selon le nombre d’étincelles que la bûche de Noël produisait. Attisée jusqu’au lendemain, il ne fallait surtout pas éteindre la bûche volontairement. Les tisons utilisés étaient conservés d’une année à l’autre tout comme les cendres qui étaient censées protéger la maison des incendies et de la foudre. Cette coutume qui remonte au XIIème siècle était pratiquée dans les pays européens. La disparition de cette tradition au XIXème siècle en Europe et au Québec correspondrait en fait avec celle des âtres remplacées par des poêles en fonte, ne permettant donc plus de brûler de bûches en bois. Malgré tout, durant les fêtes de fin d’année, la grosse bûche de Noël fut remplacée par une petite rehaussée de chandelles et de verdure et était placée au milieu de la table en guise de décoration. Aujourd’hui, la signification de la bûche de Noël s’oublie peu à peu.
Elle perdure cependant au 21ème siècle comme une pâtisserie réalisée à base de crème au beurre ou tout simplement glacée au goût de vanille, chocolat ou encore café. Obligatoirement décorée, on retrouve souvent une hache, des champignons et des lutins en sucre permettant ainsi à la bûche de Noël de trouver une bonne place durant le repas entre le foie gras et l’arrivée du Père Noël, jusqu’à savourer un autre dessert au Nouvel An : la galette des Rois. Chez nous la galette des Rois a été ignorée et remplacée par notre Bûche du Nouvel An. La nôtre n’est pas décorée forcément comme celles que l’on a décrites plus haut. Des fois, elles dégoulinent de crèmes mal montées. Les lutins en sucre, les champignons et la hache ont laissé la place à une imitation d’un petit morceau de bûche, mais nous avons le mérite d’avoir crée la Bûche du Nouvel An !
Samia A-B
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