La “ rue arabe”, au vu de son discours dominant, aurait pu trouver son nouveau héros en la personne d’Hugo Chavez, le Président vénézulien mais il n’y a eu finalement que quelques portraits bien discrets brandis sans grand enthousiasme et certainement avec quelque appréhension. Eh, ce n’est pas parce qu’on se retrouve avec lui dans la fermeté du propos à l’endroit du grand Satan américain et de son petit protégé Israël qu’on va oublier que Chavez est avant tout un communiste et en tant que tel il reste l’ennemi intime. S’il a bien exclu l’ambassadeur israélien, une mesure extrême qui n’a même pas effleuré la tête des dirigeants des quelques pays arabes qui entretiennent des relations diplomatiques avec l’Etat hébreu en dépit de la pression de l’opinion, Chavez doit se tenir à distance respectable. L’affront, c’est comme le linge sale, il se lave en famille et surtout par la famille, entité à laquelle le Président sud-américain ne peut pas prétendre pour plein de raisons dont la plus importante est qu’il ne le souhaiterait pas. Sa famille à lui étant celle des idées, des valeurs et des choix politiques, il faut admettre qu’il n’a pas grand-chose à partager du côté de Damas, Djedda ou Amman. Le monde étant ce qu’il est devenu, Chavez a donc très peu de chances de pouvoir jouer au grand frère dans la région même si le terrain est laissé vacant, Moscou, à qui il reste tout de même quelque velléité d’équilibrer la planète, s’occupe plutôt à couper le gaz à l’Ukraine et ses prolongements géographiques. Il n’y a plus grand-chose à gagner au Moyen Orient, la Russie investit l’Europe où se joue son avenir de puissance. Loin de Gaza et des capitales arabes où on a vu ce vendredi avant et après la prière plus de répliques des chausseurs lancées contre Bush que de portraits de Chavez. Normal. A Doha c’est El Karadaoui qui a conduit au nom de l’organisation internationale des “ intellectuels musulmans” et surtout sur instruction des généreux Emirs la manifestation de solidarité avec Gaza. A Damas, il y avait presque autant de portraits de Bacher El Assad que de manifestants et à Alger Belkhadem peinait à trouver la jonction entre la tragédie palestinienne et le troisième mandat pour Bouteflika. A Aman, peut-être la seule capitale arabe où la manifestation échappait au contrôle officiel, les services de sécurité savaient ce qui leur restait à faire et ils l’ont fait: empêcher la foule de parvenir à l’ambassade israélienne. La rue arabe peut ranger les chaussures, Chavez n’y peut rien. Et tout le monde devrait peut-être penser à autre chose.
S. L.
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