Un royal coup de fil

Par Anouar Rouchi

– Allô ! Louiza ?- Oui. A qui ai-je l’honneur ?- Vous-êtes bien Louiza, la Passionnaria de la politique ?- Oui… Mais qui êtes-vous ?- Ici, le secrétaire particulier de Sa Majesté le roi. – Quelle Majesté ? Quel roi ?- Je suis le secrétaire particulier de Sa Majesté le roi Mohammed VI. – Grand bien vous fasse. Et que puis-je pour vous ?- Voilà. C’est Sa Majesté qui m’a demandé de vous appeler… – Et à quel propos s’il vous plaît ?- En fait il m’a demandé de vous féliciter… et de vous remercier de sa part. – A quoi devrais-je donc cette royale sollicitude ?- Ne soyez pas modeste, voyons ! Le 7 juillet vous avez fait un tabac…- Je ne comprends pas…- Votre meeting à Alger… Malgré une assistance très moyennes vous avez crevé le plafond. Pour ne rien vous cacher, vous avez séduit le roi. – Trêve de plaisanteries ! D’abord qui me dit que vous êtes bien celui que vous prétendez être ?- Ne coupez pas s’il vous plaît… Justement Sa Majesté me fait signe qu’elle souhaite vous parler. – D’accord- Allô ? Bonsoir madame…- Bonsoir Majesté. Excusez-moi si je ne fais pas la courbette d’usage. C’est que j’ai un lumbago et que je suis allongée. Pour tout vous dire, je m’apprêtais à dormir. – Trêve de protocole madame ! C’est moi qui me plie en quatre devant votre clairvoyance et votre génie…- Je ne sais toujours pas ce qui me vaut ces éloges royaux…- Votre modestie vous honore madame. Le 7 juillet, en une phrase, une seule, vous avez situé le mal qui nous vaut plus de 30 ans de conflit dans la région…- Je ne comprends vraiment pas, Majesté…- N’avez-vous pas affirmé, madame, que le Sahara-Occidental était au Maroc, ce que la Kabylie était à l’Algérie ? Et que ces deux régions sont manipulées par l’ennemi étranger ? – Ah, c’est donc ça ! Mais, Majesté, je l’ai dit comme ça, sans y croire. J’ai appris qu’en politique, plus un mensonge est gros, plus il passe… En plus, ça permet de donner du grain à moudre à la presse. – L’essentiel, Madame, n’est pas d’y croire ou pas. L’essentiel est que vous l’ayez dit. Et le royaume vous en sera éternellement reconnaissant…- J’en suis flattée, Majesté. Mais je ne l’ai vraiment pas fait exprès…- A propos de mensonges, pouvez-vous me dire, madame, pourquoi toutes les accusations du royaume contre l’Algérie n’ont jamais trouvé l’écho escompté ?- Sans doute parce que vos mensonges n’étaient pas assez gros, Majesté. – J’en étais sûr : vous seriez une conseillère précieuse pour moi. Je vous le demande humblement, madame. Accepteriez-vous d’être ma conseillère particulière ?- Sans vouloir offusquer votre auguste Majesté, je trouve qu’il se fait tard et que vous êtes fatigué. Dormez donc. La nuit porte conseil…- Justement, madame, je voudrais vous avoir pour la nuit. Cela me ferait deux conseillères exceptionnelles !- Majesté (I).

A. R.

(I) : Ici s’arrête la bande remise à ses supérieurs par l’agent du DRS chargé des écoutes téléphoniques. Il est fortement suspecté d’avoir gardé la bande suivante pour son usage personnel.