Des formateurs qui forment

Il y a quelques mois, le très médiatique ministre des Travaux publics, Amar Ghoul introduisait des… journalistes dans une opération de formation de son personnel technique appelé à gérer et entretenir la future autoroute Est-Ouest. La sollicitude dont le ministre islamiste a fait l’objet de la part des médias l’a encouragé à ne pas s’arrêter en si bon chemin. Puisqu’il y a autant de disponibilités dans la presse à rendre compte de ses faits et gestes dans un style souvent dithyrambique, pourquoi M. le ministre s’arrêterait-il en si bon chemin et ne pas faire carrément de ces journalistes  » spécialisés » des fonctionnaires à recycler en améliorant les performances ? On ne sait pas ce qu’il est advenu du projet, mais on a pu se rendre compte que la chose n’a pas ému grand-monde, ni du côté de la profession dont on attendait une réaction d’éthique et de dignité, ni de la part de la hiérarchie de M. Ghoul qui aurait pu et dû lui rappeler que la formation des journalistes n’est pas vraiment du ressort du ministre des Travaux publics. Ça aurait même pu susciter quelque curiosité sur les desseins d’une telle entreprise, surtout que l’autoroute Est-Ouest n’a pas l’air d’être un modèle de transparence et de performance dans sa réalisation, mais c’est sans doute trop espérer. Lors de l’inauguration du stade de Annaba, Lâalaouna Baghdadi montrait la tribune de presse en vantant son confort et sa fonctionnalité à Chadli Bendjedid qui a eu cette réplique :  » Ils t’aiment bien les journalistes. A côté de tous les logements que tu leur as distribués, des cabines de presse ne représentent pas grand-chose.  » Plus de vingt ans après ça n’a pas beaucoup changé. Après les concessionnaires automobiles et le ministère des Travaux publics, c’est maintenant le ministère de la Justice qui s’y met. Des journaux ont rapporté hier, sans commentaire, l’information ou  » la bonne nouvelle ». M. Belaïz veut  » ses » journalistes spécialisés dans  » le droit international humanitaire » et il y met les moyens en inaugurant un cycle de formation à leur intention. Le garde des Sceaux n’a pas de juges spécialisés dans le crime économique, le niveau des magistrats en matière de mouvements de fonds est au ras des pâquerettes, la logistique d’investigation est restée à l’âge de la pierre, mais ce n’est pas si important, puisqu’on va former des journalistes qui auront la délicate  » mission » se suivre les activités de la  » commission nationale du droit international humanitaire » et accessoirement des applications de ce droit aux  » conflits armés internationaux et locaux.  » Vaste programme qui ferait rougir de jalousie l’école de journalisme. Et de honte la corporation et ses patrons.

S. L.

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