Soltani a mangé sa feuille de route

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Quand Abou Djerra Soltani entreprend de pousser le plus loin possible la « disponibilité » de son mouvement, il en arrive même à « oublier » qu’il est islamiste. Il peut même aller plus loin encore : « Nous sommes des démocrates, des modernistes et des nationalistes. » Quand on sait qu’il se définit sur le plan tactique- lui parle de statégie- comme un marathonien, on comprend vite que « la course de fond » qu’il a entamée est un peu spéciale. Une course discontinue où tous les coups seraient permis, à ce point qu’on ne peut gagner que par défaut, y compris en changeant de dossard. Il ne sait plus quand il va arriver, mais il est convaincu que ça viendra. Ce n’est peut-être pas en 2012 comme il l’avait promis, il y a cinq ans, mais quand on est à la fois islamiste, laïque et démocrate, ça se produira bien un jour. Soltani est insaisissable : « Aucun Algérien ne souhaite le retour au terrorisme, » mais les terroristes peuvent non seulement devenir fréquentables, mais parvenir au pouvoir par la voie démocratique: « regardez l’exemple somalien. »

Il n’y a pas d’islamiste candidat à la prochaine élection présidentielle ? « Pourquoi faire ?  » dit-il puisque « quel que soit le président élu, il prêtera serment sur le Coran de respecter et promouvoir l’Islam comme religion de l’Etat ? » Toujours lucide, le leader du MSP sait être cynique parfois. Quand il dit que « le monde change « , il ne veut pas exclut qu’il change lui aussi. Il insinue que le monde et le pouvoir en Algérie évoluent vers ses propres thèses.

Et de citer l’exemple qui fait l’actualité en se félicitant que la position officielle s’est « rapprochée de la résistance palestinienne” dont l’incarnation bien sûr est le Hamas. Soltani sait aussi se ressaisir. Pas forcément dans le sens où on l’entend. Quand il rectifie ses positions sur le FIS en disant qu’il  » n’a parlé que de ses dirigeants et que les militants de base peuvent refaire de la politique,  » il ne fait que rappeler les engagements secrets de son mouvement à absorber les partisans lambda de Abassi et Benhadj, il n’y a pas renoncé. Soltani ne s’y méprend pas, y compris sur la nature de son opposition interne. Les partisans de Menasra lui reprochent non pas sa proximité excessive avec le pouvoir mais le contraire, c’est-à-dire le fait d’oublier sa « feuille de route. » Il est évident que ce qui est attendu de Soltani est de jouer son rôle d’islamiste au lieu de se découvrir des vertus de démocrate ou de moderniste. En tentant quelques coups d’éclat ou, pourquoi pas, en se portant candidat à l’élection présidentielle. Il sait peut-être qu’on ne le lui pardonnera pas, mais il est déjà trop tard.

S. L.

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