Ça part dans tous les sens

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C’est à un ministre toujours en poste que colle la réputation, mais la tendance est générale : beaucoup d’algériens ont des idées pour concevoir et réaliser de belles petites merveilles, mais rares sont ceux d’entre eux qui sont capables d’un projet d’envergure. C’est que l’Etat, premier entrepreneur, n’a pas été un bâtisseur modèle qui aurait inspiré à la collectivité nationale le goût de l’ambition. Plutôt désillusionné que stimulé par une succession de ratages historiques, l’Algérien ne garde des chantiers de son bonheur que des images de ruines. La révolution agraire, l’industrialisation, la réforme de l’enseignement, tout le monde en mesure aujourd’hui les «bienfaits». Rien dans ce que l’Etat a entrepris depuis l’Indépendance ne peut éveiller une quelconque vocation ou pousser à l’audace. A la folie du gigantisme a succédé la facilité des pense-petits. Au lieu de réfléchir on bouge la tête et pour se convaincre qu’on marche, on sautille sur place. Il n’y a aucun projet de développement intégré, mais des morcellements, sans lien organique ou structurel. Il n’y a pas d’activité mais de l’agitation, il n’y a pas de travail mais de l’occupation. On fait ce qu’on peut. A Tizi, on est censé avoir désengorgé le centre-ville grâce à la rocade mais on ouvre une succession de trémies qui ont fait disparaître le poumon de la cité. A Hassi Messaoud, on a construit une ville avant de se rendre compte qu’il ne fallait surtout pas la construire. L’Algérie n’a pas de capitale, mais on s’occupe de développer sa banlieue. On aura bientôt une Médina à la périphérie d’un immense dépotoir.

Des rêves de beauté dans un univers de laideur. Il y a même des restaurants italiens qui ouvrent pour faire oublier la fermeture de sauveur.

La rue Didouche se meurt pendant que poussent Sidi Yahia et le Val d’Hydra. On laisse pourrir ce qu’on a de meilleur pour faire miroiter d’autres centres d’intérêts acquis au mauvais goût. Le toc envahit notre espace vital sous les oripeaux de la nouveauté, et les nouveaux riches, ignares et agressifs imposent leur loi. Personne n’a la moindre idée de ce que sera notre environnement d’ici à quelques années, mais on “ bouge”. Dans le noir, la vélleité comme feuille de route et le magma comme projet. Il n’y a ni tables ni toilettes dans les cafés ? On ferme les…bars. On peut se passer des bus et des taxis, mais on attend le métro qui ne vient pas, le train ne siffle plus mais on construit des aéroports à deux cents kilomètres d’Alger.

Ça part dans toutes les directions. Comme dans cet écrit que personne ne peut imaginer comment il va finir. Enfin si, la dernière trouvaille ? interdire les toilettes aux éléves des écoles en dehors de la récré. Il fallait la trouver celle-là.

S.L.

laouarisliman@gmail.com

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