Un secteur à la recherche d’une nouvelle dynamique

Pour dépasser la gestion classique basée sur des échéances annuelles déclinés en PSD (programmes sectoriels de développement), le ministère de l’Agriculture a initié une politique de projets de développement liés à l’agriculture professionnelle (par le truchement de fonds spécifiques) et au développement rural (gestion de projets multisectoriels émanant de la volonté des ses initiateurs, à savoir les communautés villageoises de l’arrière-pays, la société civile et les élus). C’est pour conforter cette expérience et lui trouver un prolongement institutionnel solide par la responsabilisation des principaux intervenants que la tutelle a initié cette formalisation de la relation entre les acteurs connue sous le nom de contrat de performance.

Depuis la mise en place du PNDA au début de la décennie en cours, les pouvoirs publics ont, par le truchement des leviers relatifs aux différents dispositifs de soutien, commencé à réorienter l’activité agricole dans le sens de la reconversion des systèmes de culture. Ainsi, d’après les chiffres du ministère de l’agriculture, les superficies habituellement emblavées en céréales étaient de 4,5 millions d’hectares avec une production allant de 16 à 19 millions de quintaux, soit un rendement de 7 à 8 quintaux/ha. Les nouvelles mesures de soutien ont ramené cette superficie à 3,2 millions d’hectares, mais avec un rendement moyen de 40 qx/ha. Dans le sillage de la nouvelle politique agricole, les agriculteurs ont été encouragés à réaliser une bonne préparation du sol (défoncements et épandages d’engrais de fond) et des désherbages efficaces. En outre, certaines superficies céréalières ont été reconverties en vergers arboricoles ou viticoles de façon à mieux lutter contre les effets de la sécheresse qui menace cycliquement notre pays et à réduire les risques d’érosion qui ont déjà affecté les parcelles céréalières à forte pente.

Le taux de soutien apporté à l’agriculture représentait 4% du PIB d’après les déclarations de l’ancien ministre en 2006. Le taux maximum enregistré était, ajoutait-il, de 9%. Mais, fait-on observer, au niveau des pays de l’OCDE, ce taux représente 45%. L’agriculture dans notre pays représente à l’heure actuelle quelque 9% du PIB et utilise 25% de la main-d’œuvre.

Les statistiques de la production agricole indiquent que, pour plusieurs produits, l’Algérie a atteint l’autosuffisance. Si la facture alimentaire à l’importation est située autour de 2,5 milliards de dollars, c’est en raison de l’importation de céréales et d’autres produits indispensables. Les besoins des Algériens en céréales sont évalués à 60 millions de quintaux, tandis que la production locale tourne autour de 30 millions de quintaux. En matière de production laitière, l’Algérie produit 2,2 milliards de litres annuellement, tandis que la consommation annuelle atteint les 3 milliards de litres. La différence est importée pour un montant de 600 millions de dollars. Pour atténuer cette lourde facture, l’Algérie a importé 26000 vaches laitières entre 2005 et 2006. L’étape suivante que compte franchir le département de Rachid Benaïssa est la labellisation de certains produits pour lesquels l’Algérie a montré une certaine maîtrise. Ainsi, en est-il de l’huile d’olive, du miel et de la datte Deglet Nour.

Nouvelles interrogations

La protection du consommateur n’a pas été omise dans la nouvelle stratégie de relance du secteur agricole. Lutte contre la spéculation, contre la fraude et contre les faux exportateurs. L’administration compte également structurer la Chambre de l’Agriculture de façon à l’habiliter à jouer un rôle essentiel dans la promotion du secteur agricole, l’exportation des produits de l’agriculture et le démantèlement du monopole, y compris le monopole des chambres froides. Les remous soulevés par ces équipements lors de la crise de la pomme de terre militent effectivement pour un assainissement définitif de ce créneau.

L’on ne peut parler de l’exportation sans aborder le sujet crucial du marketing et du design. À ce propos, l’ancien ministre de l’Agriculture, Said Berkat dira crûment :  » Nous ne savons ni vendre ni acheter. Notre point faible se situe principalement dans le conditionnement et l’emballage « . Il fera aussi état de la responsabilité de nos ambassades et des chambres de l’agriculture dans ce domaine.

L’actualité des marchés des produits alimentaires à travers le monde ne peut laisser indifférents les Algériens, populations et gouvernants, d’autant plus que la montée en flèche des prix des principaux produits de consommation domestique ont eu des répercussions directes sur la bourse des smicards et des mal lotis. Le cas de l’Algérie est plus complexe que le reste des pays importateurs de produits alimentaires du fait que nous importons la quasi-totalité de ce que nous consommons. Même les quelques produits agricoles sortis de nos fermes se trouvent dépendants totalement des semences et matériel motorisé (et pièces détachées) importés. dans la promotion des produits algériens.

Dans le nouveau contexte de la mondialisation accélérée des économies et dans une situation d’interdépendance de plus en plus problématique entre les régions et les pays de la planète, les défis qui se posent à l’agriculture algérienne deviennent de plus en plus complexes. Pourtant, des efforts méritoires ont été déployés en direction du secteur de l’agriculture par les soutiens aux producteurs, la mise à niveau des exploitations agricoles et l’extension de la surface agricole utile (concessions, mise en valeur par l’accession à la propriété foncière,…). Cependant, comme le soulignent les statistiques présentées au président de la République en septembre 2008 par le ministre de l’Agriculture, M. Rachid Benaïssa, la croissance du secteur n’a pas enregistré un bond extraordinaire. Elle était de 6% pour l’année 2007. Il est vrai que, par rapport à 2005 où ladite croissance était de 1,9 %, des progrès substantiels ont été effectués. Les exportations hors hydrocarbures demeurent, quant à elles, toujours faibles puisqu’elle ne dépassent pas un milliard de dollars, alors que les ambitions du gouvernement depuis 1998 étaient de 2 milliards de dollars. Les spécialistes et les pouvoirs publics ont depuis longtemps identifié certaines contraintes majeures qui obèrent l’essor de l’agriculture algérienne, mais la volonté politique semble biaisée ou soumise à des contingences dont l’opinion ignore la nature. Le problème du foncier fait que le statut des terres publiques (EAC et EAI) est considéré comme un frein aux investissements d’autant plus que les usufruitiers nourrissent une méfiance légendaire à l’égard de l’administration et, dans certaines régions, se rendent complices de l’avancée du béton sur les terres agricoles.

De nouveaux instruments à mettre en œuvre

La nouvelle loi sur l’orientation agricole et la nouvelle mouture de la gestion des concessions agricoles sont, en principe, destinées à mieux asseoir la relation entre l’administration et les exploitants agricoles et à protéger avec plus d’efficacité les terres agricoles des détournements et autres formes de dilapidations.

Pour compléter les activités de l’agriculture professionnelle et rendre justice aux zones rurales des montagnes et de la steppe dans lesquelles les activités agricoles sont freinés par des facteurs objectif,s le ministère de l’agriculture et du développement rural a mis en place les projets de proximité de développement rural depuis 2002. Le propre de la politique agricole suivie depuis le début de la décennie en cours, est de s’attaquer frontalement aux deux grands axes qui constituent ce secteur d’une façon simultanée : l’agriculture professionnelle qui se donne des critères spécifiques pour cibler son domaine d’intervention (à savoir les exploitations titrées des régions de plaine, les EAC-EAI, les animateurs du secteur agroalimentaire,…) et le développement rural devant intervenir dans les zones reculées de la montagne ou de la steppe touchées par des problèmes spécifiques. Parallèlement au soutien apporté à l’agriculture professionnelle suivant les filières (lait, céréales, légumes secs, chambres froides), et ce, à travers le FNDIA (Fonds national du développement et de l’investissement agricoles), les espaces ruraux situés dans les zones de montagne ou dans la steppe font l’objet d’une nouvelle attention des pouvoirs publics. Car, ces espaces se trouvent fragilisés par plusieurs facteurs auxquels échappe l’agriculture professionnelle : enclavement, morcellement de la propriété, érosion des sols, absence de titres de propriété, déficit en infrastructures et équipement publics (écoles, centres de santé et de loisirs, électricité, ouvrages hydrauliques,. . etc). En outre, ces zones ont gravement souffert de la période d’insécurité entre 1993 et 2002, ce qui a entraîné un exode forcé de plusieurs centaines de milliers d’habitants vers les villes après avoir bradé leurs cheptels et leurs meubles.

Le dernier recensement de la population et de l’habitat (RGPH) effectué en avril 2008 donne en tout cas des chiffres assommants en matière d’occupation de l’espace algérien. Plus des deux tiers des Algériens habitent les zones urbaines. Les statistiques du ministère de l’Agriculture datant de 2006 parlent de 13 millions d’habitants en milieu rural.

La nouvelle conception du développement rural

La pression sociale grandissante qui ne vient pas de la simple démographie galopante des années 60 et 70, mais surtout de la grande mobilité de la main-d’œuvre algérienne se caractérisant par un exode rural massif a grandement contribué au chamboulement de l’espace. Le dépeuplement des campagnes était une conséquence directe du désintérêt des pouvoirs publics pour l’arrière-pays qui avait payé le prix fort pour l’indépendance du pays et de la politique d’industrialisation qui avait ciblé les banlieues des grandes villes. Les flux de nouveaux migrants pour ces destinations attractives sont issus des montagnes et des plaines de l’intérieur du pays. La dislocation de cet espace rural, avec son lot de misère et d’exode vers les villes, a été passée au peigne fin par les experts lors de la réunion walis-gouvernement présidée par le président de la République en décembre 2006. Un nouveau projet dénommé ‘’Plan de soutien au renouveau rural » (PSSR) y a été présenté par le ministère de l’Agriculture. Il se trouve que dans les chamboulements économiques et sociaux vécus par la campagne algérienne, la notion même de ruralité est sujette à controverse. En effet, dans une situation où les métiers ruraux,-et principalement l’artisanat- se meurent, où le salariat et l’économie informelle prédominent chez la population occupée, où le chômage est la situation la mieux partagée et où les activités agricoles sont réduites à la portion congrue, il y a lieu de redéfinir la notion de monde rural et de lui imaginer les modèles de développement qui prennent en compte toutes ces contraintes.

Amar Naït Messaoud