Le chancre de la contrefaçon ou produit « Taiwan », pour reprendre un vocable en vogue dans le jargon local, s’est propagé de manière hallucinante dans notre marché ouvert à tous les vents à la faveur de la libéralisation enclenchée depuis le début de la décennie 1990. Une emprise tentaculaire qui ne semble épargner aucun secteur d’activité dans une économie vulnérable à souhait et, par conséquent, inapte à s’immuniser contre la contagion. Dans ce jeu de dupes, le consommateur, dernier maillon de la chaîne, est naturellement le dindon de la farce. Les témoignages recueillis à Bgayet, auprès de commerçants et d’opérateurs économiques tendent à accréditer la thèse selon laquelle, l’écrasante majorité de la marchandise contrefaite est introduite frauduleusement à partir de pays étrangers où sévissent les réseaux de faussaires dont la collusion avec les milieux mafieux n’est plus à démontrer. « 99% des pièces de rechange automobile sont contrefaites. L’initiation est presque parfaite. A tel point qu’il est pratiquement impossible pour le consommateur de s’en rendre compte », nous explique un mécanicien d’Akbou. « Les contrefacteurs imitent de préférence le produit de grande marque. Les prix pratiqués sont légèrement inférieurs à ceux des produits d’origine », nous révèle, pour sa part, un revendeur de pièces détachées établi dans la ville de Sidi Aîch qui confirme que seul un œil expert est à même de distinguer les produits d’origine des pièces en toc. Le plus souvent, les produits qui inondent notre marché ne portent aucune emprunte du fabricant, ce qui rend d’autant plus ardue la mise en évidence de leur traçabilité. Autre exemple illustrant la supercherie et son caractère délétère pour la santé du citoyen : les équipements sanitaires, notamment la robinetterie. Dans ce domaine le matériau utilisé est généralement le laiton. Les faussaires eux, se servent du zanac, matériau prohibé à cause de sa toxicité avérée. Une mince pellicule de chrome en guise d’habillage conféré du clinquant au produit parfait. Emballez, c’est pesé ! Le crime est presque parfait. « Nos entreprises doivent apprendre à défendre leur outil de production et leurs produits manufacturés en investissant dans la formation d’inspecteurs et de contrôleurs », estime le gérant d’une SARL de tréfilé d’Akbou, qui ne manque pas, par ailleurs, de mettre l’index sur le vide tant juridique que réglementaire dans ce domaine et la perméabilité de nos frontières. Dans pareil environnement économique perclus de pesanteurs diverses, les contrefacteurs auront beau jeu de donner l’estocade à l’appareil de production et l’absence d’une tradition consummeriste aidant, à mettre en péril la sécurité du consommateur.
Nacer Maouche
