Dix minutes après l’explosion, l’horreur régnait toujours en maître absolu sur le quartier populaire de la cité Farki. Les corps des deux victimes gisent toujours sur le sol. L’atmosphère, faite de sang et de fumée, est apocalyptique. Dans la confusion, on aperçoit quelques gardes communaux courir dans tous les sens, armes à la main. Dans ce sinistre décor, digne d’un vrai champ de bataille, l’on distingue aussi des citoyens porter assistance aux blessés.
Des anonymes immobilisent leurs véhicules et acheminent les premiers blessés au CHU de Tizi-Ouzou.
Les sirènes des ambulances alourdissent encore plus l’atmosphère, au même titre que les premiers renforts policiers qui atterrissent sur les lieux. L’explosion a eu lieu il y a à peine 20 minutes. Les policiers tentent tant bien que mal de gérer le flux des citoyens, de plus en plus nombreux, venus s’enquérir de la situation. En quelques minutes, ce sont des centaines de personnes qui se sont agglutinées dans la périphérie du lycée Ali-Bennour. Pas pour assouvir une quelconque curiosité, mais, puisque tout le monde connaît tout le monde à Tadmaït, l’angoisse d’apprendre qu’un proche, un ami ou un voisin est touché par la bombe hantait tous les esprits.
La population, rongée par l’amertume, l’incompréhension et la colère, ne pouvait que constater l’horreur. Les mines sont défaites, les regards sont perdus et hagards.
Lorsque les services de sécurité décident de transférer les corps des deux victimes dans une ambulance, la foule, hébétée, observa un silence glacial. Un silence qui n’allait pas tarder à céder le pas à une colère bien perceptible, et ce, dès que l’identité des deux victimes était connue.
Il s’agit, tout d’abord, d’un jeune garde communal de 31 ans originaire du village de Moul Diwane, près de Draâ Ben Khedda. Et puis, il y a cette dame de 50 ans (B. Fatima), une riveraine du quartier qui ne faisait ( par malheur !) que passer par le coin.
Après le choc, la psychose
Une fois les premiers moments d’affolement évacués, les services de sécurité commencent à s’organiser du mieux qu’ils pouvaient. Une unité militaire est appelée en renfort pour boucler le périmètre, les ambulances finissent de transférer les derniers blessés, et les artificiers entreprennent de sécuriser les lieux. La hantise d’une deuxième bombe enfouie quelque part n’a, en aucun moment, cessé de tarauder les esprits. Les premiers responsables, civils et militaires arrivent également sur les lieux de l’attentat. L’on pouvait apercevoir le chef de daïra de Draâ Ben Khedda, aux côtés du maire de Tadmaït ( arrivé sur place à peine 10 mn après l’attentat), du chef de brigade de gendarmerie, du commandant de l’unité parachutistes stationnée à Tadmaït, ainsi que du patron de la PJ.
Les éléments de la police scientifique n’en finissent pas d’examiner ce qui reste du corps du kamikaze. Sa tête, clouée près du portail du siège de la Garde communale, sa jambe éjectée à une vingtaine de mètres plus loin et sa main étaient les seules parties “récupérables” de son corps.
Face à l’horreur, les citoyens ne faisaient que regarder et commenter timidement. Les cinq citoyens blessés ont pu rentrer chez eux hier en fin de journée. Les deux gardes communaux ont été, quant à eux, maintenus en observation au CHU de Tizi-Ouzou. Aujourd’hui, dimanche, les deux localités de Moul Diwane et Tadmaït enterreront leurs victimes. Dans la douleur, mais dans la dignité aussi…
Ahmed B.
