Jadis réputée région agricole par excellence, Sidi Naâmane a tourné le dos à sa vocation naturelle et ses champs verdoyants ne sont plus qu’un lointain souvenir. La première cause de cet état de fait d’abandon à partir des années 90, réside dans l’insécurité qui a longtemps caractérisé les lieux. Les terrains peu sûrs faisaient fuir leurs propriétaires en un exode parfois total (villages de Boumhala, Tala Moka) vers les villes ou les gros villages plus sécurisants. Avec les progrès constatés dernièrement, de timides retours sont signalés vers les lieux désertés où régnait pendant plus de dix ans un climat lugubre et désolé. Le retour vers les habitations, a-t-il signifié, le retour au travail de la terre ? Il faut dire qu’une infime minorité exploite ses terres car un phénomène nouveau est apparu, celui du vol des productions et du matériel parfois celui du bétail. Les paysans ne pouvant plus garder surtout la nuit leurs champs, ils ont peur de voir le produit de leur labeur s’envoler ou leur bétail dérobé. Une autre version majeure réside dans la disparition du moyen de labour traditionnel qu’était le bœuf, aucune maison de fellah digne de ce nom ne pouvait se passer de sa paire d’animaux, apte au travail dans les terrains accidentés. Au prix actuel du tracteur et son matériel (environ 300 millions), les paysans pouvant l’acquérir se comptent sur les doigts d’une seule main. La situation est encore plus complexe et tragique parfois, si on aborde le prix de la semence (de la pomme de terre à 800 00 le quintal). La région est connue pour la qualité de ses melons et pastèques, mais qui s’offrira de la semence de melon importée à 14 millions de centimes le kilo ? Enfin, l’engrais qui est la base de toute agriculture moderne, se fait désirer quand il n’atteint pas le prix astronomique de 1 million le quintal ! Dans ce tableau morose, une note d’espoir est représentée par quelques téméraires citoyens, qui malgré les difficultés, installent des ruches, des poulaillers… Ils sont à encourager pour que leur courage et optimisme ne fassent pas tache d’huile !
Bouammar Ahmed
