«Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil).Selon la légende qui va suivre au commencement du monde, la gent ailée avait un plumage uniforme. Il était par conséquent difficile de distinguer un oiseau d’un autre. C’est à cette époque, où dit-on les animaux avaient le don de la parole, que la perdrix se met à réfléchir, au moyen de doter son plumage de couleurs, car le sien était terne. Très coquette, voulant plaire aux perdreaux mâles, et faire mourir de jalousie d’autres femelles, elle se rend à la rivière. Emerveillée par les couleurs de la mousse qui pousse sur les rochers, elle s’ébroue dessus et le miracle se produit, sa couleur terne mêlée à la mousse lui donne des reflets multicolores. Voyant son image dans l’eau, elle est contente du résultat. Elle se dit, mon plumage est chatoyant, je voudrais le garder tout le temps; En se regardant de tous les côtés, elle constate cependant que ses paupières et son bec dépareillent sur le reste de son corps. Se souvenant d’avoir vu une femme se frotter les dents avec une écorce de noyer (Eldjouz) pour les rendre plus jolies et s’enduire les paupières de khol (collyre d’antimoine). Elle se frotte le bec contre le rocher, le sang afflue et devient rouge. Regardant ensuite le ciel bleuté, ses paupières en prirent la couleur.Se trouvant très belle parée de plusieurs couleurs, elle demande au Très-Haut de la laisser ainsi pour l’éternité. Son vœu fut excausé, c’est pourquoi de nos jours on trouve la perdrix très belle et très jolie, et on utilise son nom comme exemple pour louer la beauté d’une fille on dit : “Thechvah’ am thsekourth”, (elle est belle comme une perdrix). Certains nomment leurs filles : Sekoura (la perdrix) en honneur. Les chasseurs d’aujourd’hui devraient connaître cette légende et éviter de la tuer…Parée de sa nouvelle parure, elle appréhende la réaction des autres. Désormais, elle se pourra plus passer inaperçue. Métamorphosée, le premier animal qu’elle rencontre est l’âne qui lui dit : “Tchevh’edh à thasekourth, alid soufella inou anrou’h an houes thamourth !” (Tu es belle ô perdrix, monte sur mon dos, je te ferai visiter le pays !). Complimentée, la perdrix n’hésite pas un instant à accepter la proposition.Juchée sur son dos, le quadrupède et le gallinacé vont par monts et par veaux. En cours de route, ils rencontrent un chacal, le vieil ennemi de la perdrix, qui lui a, à maintes fois, gobé ses œufs couvés, ou mangé ses petits. La voyant en toute beauté, il lui dit : “Tcheveh’edh à thasekourth, amek’ thoughaledh akka !” (Tu es belle ô perdrix, comment as-tu fait pour devenir ainsi !).”Voyant qu’il voulait l’imiter afin de lui faire payer tout le mal qu’il lui a fait, elle lui dit : “Je me suis roulée dans du purin, je me suis cassée le bec sur un rocher afin de le renouveler, et quand le soleil est haut dans le ciel, je l’ai fixé de mes yeux pour avoir les paupières bleues”.Heureux de cette explication, le chacal veut en faire autant. Il se rend dans un fumier (Ag’oud’ou) et se roule dans le purin. Atteint d’une pelade, il perd tous ses poils.La première opération terminée, il avise un rocher et entreprend de l’émietter avec ses dents, il les casse et devient édenté.Croyant qu’il allait devenir très beau, il grimpe sur le rocher qui surplombe un ravin et fixe le soleil, qui lui brûle les yeux. Devenu aveugle, pelé et édenté, il trébuche en redescendant et tombe dans le précipice et meurt sur le coup.
Benrejdal Lounès
