A chacun son dado favori et qu’importe le calice, pourvu qu’on ait l’ivresse. Sans être juteux et lucratifs à souhait, ces petits métiers font vivre une kyrielle de personnes aux profils très dissemblables : chômeurs en rupture de… murs, jeunes désœuvrés, diplômés frais émoulus, travailleurs précarisés… s’y adonnent chaque jour que Dieu fait. Bacchantes poivre-sel, tignasse en bataille, un quadragénaire propose du menu fretin sur une artère passante de Sidi Aïch : « C’est une activité ou plutôt un semblant d’activité que j’exerce depuis ma mise au chômage voilà deux ans suite à la fermeture de mon entreprise. Croyez-moi on ne gagne pas grand-chose à vendre des babioles.
Néanmoins, l’occupation me prémunit contre la tentation de faire la planche et de s’enliser dans la mendicité ». Au moment où ses copains d’infortune tirent leur flemme en musardant dans les venelles lépreuses du quartier où ils résident, Sofiane à peine sorti de l’adolescence, s’est investi dans la vente de confiseries : « Mon étal est invariablement fixé aux abords du marché hebdomadaire.
Cela dure depuis plus de six mois et je m’en sors plutôt bien. ça m’arrive même d’aider ma famille en refilant de l’argent à mon père dont la pension de retraite ne lui permet pas de boucler les fins de mois », soutient-il sur une pointe de fierté. Et à un autre diplômé improvisé vendeur de téléphones cellulaires de faire chorus : « Ce n’est sûrement pas avec les salaires rachitiques de la fonction qu’on peut construire sa vie. L’expérience nous a instruits que l’ascension sociale passe par le commerce et les affaires avec la liberté en plus, la pression en moins ».
A la sortie de la ville de Sidi Aïch, un groupe de jeunes écument la décharge publique installée à proximité de la RN 26. Ils guettent l’arrivée d’un chargement d’ordures pour en extraire des objets susceptibles d’avoir quelque valeur marchande. La formule fait visiblement recette : « Nous recherchons des objets en plastique et des déchets ferreux que nous proposons contre des clopinettes aux récupérateurs installés dans la région », nous a expliqué le plus âgé d’entre eux. « Pendant que mes moutons paissent dans la vallée de la Soummam, je m’occupe utilement. En été, quand l’atmosphère de la décharge devient irrespirable, je vends des fruits de saison », nous a-t-il signifié, suggérant qu’il n’y a point de sots métiers, le tout étant de tirer son épingle du jeu.
N. Maouche
