«Entre le prix d’une consultation et celui des médicaments, vous déboursez pas moins de 2000 dinars», corne le guérisseur en brandissant à l’entame du marché de Bouira une fiole contenant un liquide verdâtre suspect. Le liquide en question, «zit el louban» selon le guérisseur promoteur, ferait, comme dans la pub, du « bien là où ça fait mal ». «Avec 100 dinars, brûlures, rhumatismes, courbatures, arthroses…toutes les douleurs externes disparaissent instantanément avec zit el louban», promet le guérisseur à un cercle de vulnérables vieillards alléchés. La prestation publicitaire du « pharmacien ambulant » étant insuffisante, il se rabat sur le vieux truc de ‘’ray ray ».
L’astuce consiste à avoir le témoignage d’un pseudo- malade que zit el louban aurait guéri. Il s’agit bien entendu d’une scénette préalablement répétée avec un complice. Petit à petit, et à force de boniments et l’assoupissement aidant, les « clients » se laissent convaincre et finissent par sortir les 100 dinars qui après tout ne sont pas grand-chose devant le prix du kilo de tomate.
Malin comme tout, notre guérisseur prodigue des conseils du genre «attention n’avalez pas zit el louban». Pour réussir son coup, Il prend aussi le soin de s’attaquer aux charlatans en citant une panoplie de mots scientifiques auxquels, cependant, il préfère zit el louban. En fait, la spécificité de l’arnaqueur consiste à se faire passer pour un pharmacien, ambulant, mais pharmacien quand même. Les citoyens eux avalent « zit la couleuvre ». Le comble est que quelques-uns finiront, par suggestions interposées, par se sentir mieux là où ils avaient mal.
B. D. B.
