L’eau, source de joie

Dans les années 80, un puits a été creusé au lieudit « Agoune » mais le précieux liquide était peu abondant et de mauvaise qualité. Le puits a été abandonné, laissant derrière lui un goût amér, ébranlant pour un temps, la volonté des villageois A « Tizrarine » il y avait un puits saumâtre et une fontaine potable, les deux sources ont été laissées à l’abandon, reléguées au second plan par l’eau communale. En 2003, les services de l’agriculture ont ouvert une piste carrossable passant par « Tizrarine », qui ne débouche pas encore pour cause d’humeur entre les villageois. Cette piste, vu ce qui se passe dans les villages voisins, a rendu l’espoir au comité de remettre à jour le projet de forage d’un puits à Tizrarine. Contrairement à la légende religieuse, au lieu d’un enfant qui pleure et tapant de son pied fréle pour faire jaillir le puits de Zem Zem, ici, c’est un village décidé, tout en sourire, qui frappe avec son talent de fer dans l’espoir de faire sortir la limpidité veloutée des entrailles de nos terres. Ce fut le samedi 24/04/05, le premier coup de forage. En présence d’un ingénieur hydraulicien, du métreur traditionnel et des sages du village. La sympathique équipe de foreurs syriens à lâché son foret à l’endroit préalablement indiqué. Et, une profondeur approximative de 100m est suggérée par l’ingénieur. Durant deux mois les villageois se relayaient pour voir et aider l’équipe syrienne en action, donner le gîte et le couvert à ses invités : Chaque jour un villageois apporte qui sur un âne, qui dans le coffre d’une voiture les trois repas journaliers des foreurs. Les gens de la vallée de la Soummam ont la caractéristique de se mettre à la tâche avec une abnégation dont le secret est d’éviter d’être tournés en ridicules devant les ennemis réels ou supposés en cas d’échec. « Quand les gens nous ont vu commencer une tâche, on peut s’arrêter qu’après l’avoir finie », nous a déclaré un vieux du village. Fin mars, les 100 m de profondeur sont atteints, le précieux liquide jaillit à la surface. Analysée au laboratoire, goûtée par les vieux sages et filmée pas l’un de émigrés qui ont contribué à la réalisation du projet, l’eau du puits s’est revelée d’un goût suave, et nous rappelait cette eau qui a servi à préparer le lait de nos biberons et la sauce du couscous de nos grand-mères. La nouvelle est sue orbi et urbi, chacun y va de son commentaire, un village uni entouré de son comité, exulte de joie et des projets inimaginables voient le jour, telle que l’usine de mise en bouteilles de cette eau, sorte d’entreprise collective pour créer des emplois pour nos chômeurs et les restants pour le compte du village. Mais encore, il reste le puits à nettoyer, la pompe et la tuyauterie à monter, choses qui sont faits une semaine plus tard. Un groupe électrogène est dépêché sur les lieux pour l’essai de l’installation. Le puits étant rempli d’eau il fallait 1h 15 mn pour le vider. Un chauffeur de camion s’improvise en imam et prononce quelques versets, et des souhaits mielleux pour tout le monde. Amen ! que l’eau coule à flots et la rahma aussi dans nos cœurs… Amen !. Ceux qui ont contribué financierement à la réalisation du puits aspirent ainsi à rentrer par la grande porte de la petite histoire glorieuse du village. Une quête est organisée pour acheter des moutons et d’autres victuailles. Dans un élan à vous donner les larmes aux yeux, tout était fin prêt dans l’école du village la nuit même. Les invitations sont lancées par le haut parleur pour les villages des environs. Les autres personnalités et invités de marque ont été conviés directement et ramenées sur les lieux de la fête par des véhicules depéchés par les membres des comités. Il y avait le DEC et son staff, l’équipe es foreurs et les représentants du PPDR, ainsi que le responsable de l’hygiène. A tout ce beau monde on a réservé une table avec les responsables de l’association « Assiren ». Après le manger, la parole leur a été donnée pour placer un mot, histoire de faire passer un message à la population et d’être filmés par la caméra ! Un dialogue serein s’engage, les uns et les autres tracent dans la bonne humeur les grands axes des réalisations présentes et futures. Les villageois dans leur ensemble et surtout le comité ont tenu à ce que le journal de la Kabylie soit présent. J’ai assisté avec plaisir. Depuis que le nom du village Taourirt AMO (le premier village après la Kalaâ d’El Mokrani) est apparu dans le journal, les autorités répondent favorablement à leurs doléances ainsi que les mécenes pour qui l’apparition dans le journal est un prestige et un gage de crédibilité. Je leur ai répondus que notre quotidien est un journal entre nous et pour nous. Ce qui m’a frappé le plus est la présence des femmes pendant la préparation des repas. Les plus vieilles épluchent des oignons, pour ne pas étouffer les larmes de joie, heureuses qu’elles soient l’objet de tant d’égards. Les plus jeunes y mettent un peu de coquetterie en prononçant quelques mots de circonstance en pensant bien sûr au jour où le prince charmant les verra à la BRTV.

Boudjlil Y. Arab