Lorsque l’eau du robinet cesse de couler durant fort longtemps, les puits s’imposent comme alternative. L’Afrique du Nord demeure en premières lignes des pays où l’eau se fait rare. Même si le climat de ce coin du globe n’est pas comme celui des régions nordiques, la nature n’est pas aussi « démissionnaire » qu’on le prétend. D’ailleurs, cette année, la pluie et la neige se sont succèdées démesurément. Au point où le cours normal de la vie quotidienne a été entravé pour longtemps. La sécheresse ne doit pas du tout être invoquée. Pourtant dans les quatre coins de l’Algérie, les gens ne cessent de dire « on a toujours soif ». « C’est notre pays qui assure l’existence de la mer méditerranée, puisque chaque goutte qui tombe du ciel n’a pas d’autres destinations que vers la grande bleue », ironise Nacer, un jeune universitaire. C’est vrai que l’eau, chez nous n’est pas en abondance, mais sa gestion est-elle à la hauteur ? se demande-t-on. Ces derniers temps, même les bourgades montagneuses ne se distinguent pas trop des villes et des agglomérations à forte concentration urbaine. Désormais, le problème de l’eau est généralisé. Comme si, même les petits patelins doivent partager le malaise des autres régions. L’Akfadou est aussi une région où les robinets ne coulent pas suffisamment. Située à plus de 1000 m d’altitude, près d’une très grande forêt, normalement ce genre de désagrément ne doit même pas exister. S’il y avait un bon entretien des fontaines publiques, peut-être que le dénouement de l’interminable crise serait déjà palpable. Pour l’instant les Ath Mensour continuent d’attendre les gouttes du robinet, tout en espérant mieux. Pour faire face à cette situation, nombre de personnes ont décidé de creuser des puits. Chose qui n’est pas à la portée de tout le monde. Le coût d’un puits moyen, c’est-à-dire de 15 à 20 mètres de profondeur peut aller jusqu’à 200 mille dinars. Une fois les travaux achevés, plus d’entraves à signaler, l’eau coule à gogo. « Chaque été, avec mes deux amis, nous arrivons à faire deux à trois puits pour se faire de l’argent. C’est un métier très dur et les risques sont multiples. Une fois, j’ai failli passer l’arme à gauche. Heureusement qu’au bout de quelques semaines j’ai retrouve ma forme. Lorsqu’on ne travaille pas, notre dignité n’aura plus de sens. J’ai trente-cinq ans, je ne peux pas demander à mes parents de me payer un paquet de cigarettes, quand-même ? s’interroge avec amertume le jeune Karim. La rareté de l’eau a réussi à créer une réelle dynamique, c’est un marché de travail qui se livre à ciel ouvert. D’ailleurs, certaines personnes ne font que ça, faire remonter de l’eau des profondeurs de la terre. Même si ce genre d’activité n’est envisageable que durant la saison chaude, les gens ne se gênent pas de se faire un métier de saison. Durant le reste de l’année, ils peuvent se consacrer à d’autres tâches, si l’occasion se présente, bien sûr Da Mohand, un retraité de la région s’est même fait deux puits, l’un dans son domicile et l’autre près de ses locaux commerciaux. Une manière de ne plus se soumettre au compte goutte. Ainsi, les puits supplantent les robinets. Au pays des collines oubliées, les citoyens sont toujours contraints de se prendre en charge pour tenir le coup.
Mohand Cherif Zirem
