La Dépêche de Kabylie : Quelles sont les missions de l’OPNA ?
Ahmed Aouali : Tout d’abord, le Parc national de l’Ahaggar a été créé par décret le 3 novembre 1987. Quant à sa mission, elle est simple puisqu’elle consiste à préserver, à inventorier, à protéger, à aménager et à mettre en valeur les patrimoines culturel et naturel.
Justement, puisque vous venez de parler de patrimoines culturel et naturel, pourquoi l’OPNA relève-t-il du ministère de la Culture et non pas de celui de l’Agriculture à l’instar des parcs nationaux du nord du pays ?
Tout simplement parce que, dans le désert, le patrimoine culturel est plus important que le naturel. Mais, en fait, le problème de tutelle ne se pose pas, il est ailleurs.
Voulez-vous dire que vous n’avez pas les moyens d’accomplir votre mission ?
Pas à ce point puisque nous accomplissons notre travail plutôt bien. Toutefois, le manque de personnel fait cruellement défaut par rapport à la superficie du Parc de l’Ahaggar. Je veux parler d’ingénieurs agronomes, d’archéologues, de géologues, etc.
Puisque vous parlez de manque de personnel, le centre universitaire de Tamanrasset ne vous en fournit-il pas ?
C’est vrai qu’il y a un centre universitaire à Tamanrasset. Mais, nous aurions voulu qu’il forme des archéologues, en premier lieu, mais aussi des géologues et des naturalistes. Voilà de quoi nous avons besoin en ce moment.
Mais, l’OPNA a-t-il fait des demandes officielles aux autorités concernées ?
Verbalement, oui. Mais, officiellement envers le secteur, cela n’a pas été fait. Par contre, l’OPNA a fait des appels à travers la presse pour des recrutements.
Malheureusement, nous n’avons pas reçu de postulants qui répondent aux critères.
Revenons au travail de l’OPNA. Avec les moyens que vous avez, quels sont les sites et monuments que vous protégez ?
La protection est plus performante autour des centres urbains là où il y a une grande activité parce que les richesses patrimoniales sont en danger aux alentours des grandes agglomérations telles que les centres de Tamanrasset, Aïn Guezzam, Tinzaouatine, Idelès, Aïn Salah où il y a beaucoup de travaux et des projets de construction. Sinon, vers les grands espaces et vers le Tassili du Sud, ce sont des zones quasiment vierges. Donc, la seule attaque que l’on peut recenser concernant le patrimoine, c’est seulement la surfréquentation touristique. En effet, il y a beaucoup de touristes qui y vont, surtout aux Tassilis. Et là, nous avons mis sur place des brigades mobiles qui font le tour de ces circuits à chaque fois. Curieusement, les seules atteintes sont, uniquement et beaucoup plus, l’abandon de déchets sur place tels que les produits en plastique.
Et le pillage alors ?
A un certain moment, c’est vrai qu’on a signalé des pillages. Mais, depuis un certain nombre d’années, les statistiques ont prouvé que cela a vraiment diminué de presque 80%. C’est surtout grâce aux travaux de sensibilisation faits par l’OPNA et l’implication des autres services de sécurité, entre autres, la Gendarmerie nationale et la police algérienne des frontières qui arrivent à saisir des objets archéologiques mais beaucoup plus des échantillons de sable, des ossements d’animaux, des crottes… Mais, comme les Douanes algériennes n’ont pas encore les qualifications nécessaires pour faire la différence, on interdit informellement à ce que rien ne passe par les douanes. Il reste maintenant le contrôle des zones frontalières, cela va se faire avec, justement, les Douanes algériennes à qui nous allons assurer une formation. D’ailleurs, ces dernières ont déjà créé une brigade de protection du patrimoine tout comme la Gendarmerie nationale, surtout pour les postes frontaliers lesquels devraient prendre en charge, avec nos agents qui sont sur place, le contrôle et la fouille de tout passager quittant le périmètre du parc.
Durant notre visite au monument de Tin-Hinan, nous avons remarqué des travaux… S’agit-il d’une restauration ?
Non, ce sont des travaux d’aménagement. Beaucoup de gens pouvaient monter et piétiner le monument si on peut dire ça. C’est pour éviter qu’on ait une trop grande charge sur le monument, vous avez dû le remarquer durant la visite, c’est fragile. Les gens s’amusent à monter sur les murs et cela fait détacher beaucoup de pierres.
Ce qu’on a essayé, c’est de créer un aménagement pour faire un petit circuit pour les touristes qui vont visiter le monument.
Donc, ils pourront le voir sans pour autant y toucher. Si vous avez remarqué, l’allée monte à flan de la colline qui va jusqu’en face du mont qui domine le monument. Donc, dorénavant, une fois que l’aménagement sera achevé, les visites n’auront plus lieu à l’intérieur du site sauf pour les scientifiques évidemment. Mais le touriste aura le loisir de l’admirer de l’autre versant. Il aura tout le temps et l’altitude qu’il faut pour prendre des photos sans pour autant toucher le monument. Quant à sa restauration, elle n’est pas, pour le moment, à l’ordre du jour. C’est vrai qu’on en parle, mais c’est très délicat de le restaurer. Et surtout, il faudra refouiller le site pour avoir les données nécessaires. La terre qui est autour du monument, c’est des râblées qui ont été dégagées du monument lui-même. Tout sera refouillé pour avoir des données exactes quant au toit et la structure des chambres pour essayer de mettre en place un projet de restauration.
Donc, vous voulez dire que le monument de Tin Hinan n’a pas été fouillé entièrement…
Entièrement fouillé, réellement non. C’était du temps des « chasses aux trésors », une première fois en 1925, puis en 1933. Mais je vous le répète, des fouilles scientifiques entières n’ont jamais été entreprises.
Donc, ce sera à vous de faire les prochaines fouilles…
Ce n’est pas à l’OPNA de le faire même s’ il sera partie prenante. L’OPNA n’a pas les prérogatives de faire ce genre de recherches. Les seules recherches que nous avons sont celles qui relèvent des domaines de la conservation et de la mise en valeur.
Parlons maintenant de la reine Tin Hinan. Il y a beaucoup de légendes sur son compte. Quelle est la plus proche de la réalité ?
Bon, c’est vrai. Mais, la seule légende qui existe, c’est que le mythe voudrait que Tin Hinan soit l’ancêtre des nobles des Touaregs et qui est venue du Maroc pour s’installer dans le Hoggar à Abalessa puisqu’elle y avait trouvé un minimum de vie. C’est vrai que cette légende qui fait de Tin Hinan l’ancêtre des nobles des Touaregs est un mythe. Mais, il faudrait savoir que tout mythe a un fondement véridique. Il existe même une polémique concernant le squelette trouvé, à savoir que c’était celui d’un homme alors qu’il a été prouvé scientifiquement que c’était celui d’une femme.
Nous avons entendu que vous avez fait une découverte récente.
Ce que nous avons découvert, c’est une lance en métal et cela remonte, à peu près, à une année. Cela prouve que si on fouillait sérieusement, on trouverait trouver beaucoup de choses.
Selon vous, que pourrait prouver cette découverte ?
C’est très rare de trouver une lance en métal. Selon les scientifiques, elle est extrêmement importante.
Cela ne prouve-t-il pas l’existence de guerriers dans un passé lointain ?
Oui, évidemment. Mais, cela a déjà été attesté puisqu’on voit sur des fresques des scènes de guerre avec des flèches… Mais, sur le terrain, en Algérie, on connaît l’âge de la pierre mais pas celui de l’acier.
La présence d’une arme de guerre prouve que Tin Hinan, qu’elle soit l’ancêtre des nobles des Touaregs ou non, était tout de même une reine ou quelque chose de ce genre.
Evidemment, la présence de ce genre d’arme à côté d’un monument pareil fait apparaître la vérité sur l’existence de « soldats », au sens actuel du terme. Mais, cela reste à prouver car nous n’avons découvert qu’une seule arme.
Je vous le répète encore une fois, le monument de Tin Hinan n’a pas été fouillé entièrement. N’oublions pas que dans ce temps, les fouilles étaient surtout des « chasses aux trésors ». Quant à donner un fondement véridique à la légende des Touaregs, il a été fait.
Maintenant, venons-en aux Touaregs d’aujourd’hui et plus particulièrement ceux du Hoggar. Comment voient-ils l’OPNA ?
Concernant les gens de l’Ahaggar, qu’ils soient Touaregs ou autres, ceux qui voient l’OPNA d’un bon œil sont les autochtones, car cela les aide à protéger leur patrimoine. Ils sont très conscients de cela. C’est vrai qu’au début, à la création du parc, ils refusaient de travailler à l’OPNA.
Ils nous disaient : « Ce que vous nous demandez de faire, nous le faisons par tradition ». Puis, avec les changements dans la mentalité de la société, ils ont bien voulu collaborer avec nous et c’est ce que nous cherchons réellement. Sachez bien que les Touaregs ont un savoir-faire qui leur est particulier.
Et les autres, sont-ils contre l’existence de l’OPNA ?
Les services de l’OPNA sont comme tous les corps de sécurité et de contrôle à l’instar des forestiers et des gardes champêtres. Donc, ils sanctionnent ceux qui détériorent le milieu naturel. Donc, ces gens-là sont contre l’existence de l’OPNA.
Côté tourisme, quels sont les sites qui sont les plus visités ?
En premier lieu, l’Assekrem, puis, les Tassilis et le Hoggar, sans oublier le tourisme des grands espaces
Alors, le mot de la fin tout en nous parlant aussi des Touaregs d’aujourd’hui, car nous avons l’impression qu’ils sont devenus des… objets touristiques
Des objets touristiques, non. Par contre, ce sont des éléments incontournables pour le tourisme au Sahara, qu’on le veuille ou non. S’il n’y avait pas les Touaregs, il n’y aurait pas de tourisme. Personne ne peut prendre le risque de faire un circuit sans prendre avec lui un Targui : ce sont eux les maîtres du désert.
Ils l’ont été, ils le sont et le seront toujours. Je termine en lançant un appel aux visiteurs, nationaux ou étrangers, qui viennent au Parc de l’Ahaggar pour qu’ils fassent attention à ce qu’ils font car le patrimoine est très fragile puisqu’il est dans une région très aride.
Propos recueillis par Amastan S.
