Hommage à Farid Zadi et Bellache Hassen

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Louta (Chemini), le village de la région Aït Weghlis, aux couleurs de la tradition et de modernité, fort d’une population juvénile de surcroit estudiantine et universitaire, a rendu cette semaine, sous l’égide de l’association culturelle Tulmut (Ormier) et le comité du village, un grand hommage à deux militants de la cause Amazighe en l’occurrence Farid Zadi, assassiné à Skikda en mai 1984, à l’âge de 24 et Bellache El Hassen, mort d’une crise cardiaque à Bgayet en mai 2000, à l’âge de 35 ans.

Les deux jours qu’a duré la manifestation, plusieurs personnes de la localité et celles venues de toutes les communes de Béjaïa, ont visité l’exposition tenue à la Maison de jeunes de Chemini, constituée de photos et de coupures de journaux consacrées aux parcours militants des deux disparus, ainsi que des tableaux de peintures en leur hommage. Louta qui a beaucoup donné pour la révolution algérienne, a réservé à travers des photos d’archives, un espace à ses martyrs.

Invités à ce double hommage des personnes connues et autres artistes ayant côtoyés Farid Zadi et El Hassen Bellache défilaient sur la scène de la Maison de jeunes archicomble, pour apporter leurs témoignages respectifs, Djamel Zenati, figure de proue du MCB, ex-député et ami des deux militants, dira avec une grande émotion que “Farid Zadi, je l’ai rencontré pour la première fois à la prison en 1981. Durant notre incarcération qui était difficile à supporter teintée de lassitudes et de craintes, il nous remontait le moral malgré son jeune âge. Quand les prisonniers n’arrivaient pas à s’entendre sur un point de discussion son intervention souvent convainc tout le monde en trouvant le juste milieu. J’ai gardé de lui une image d’un sage mort précocement”. Quant à Bellache El Hassen, il lancera avec un grand ouf de tristesse, avant de dire de lui : “Hassen est une très grande perte, surtout pour moi, car c’est un humaniste, un grand musicien (banjoiste), un syndicaliste, un fin écouteur et analyste, un homme multidimensionnel. Il était dans le MCB, la cheville ouvrière par ses critiques et ses visions d’avenir. Il n’existait pas une déclaration du mouvement où il n’a pas apporté sa touche. Il est parti jeune, et a laissé un vide pour tout le monde”.

Des élus ayant partagé beaucoup avec lui à l’instar de Meksem Rabah (maire de Tifra), Mokhbi Rezak (élu Chemini) et Akrour Sadek (P/APC de Berbacha), chacun a apporté son témoignage sur les deux disparus, notamment de Hassen, avec un ton d’estime et de regret pour ensuite situer le mal qui rangeait la société et qui mérite bien une nouvelle dynamique d’union entre tous, la raison d’être de tous nos militants.

De Boudjemaâ Agraw (artiste) à Brahim Tazaghart, écrivain amazigh prolifique et éditeur, les interventions diffèrent mais l’espoir est le même. La présence de figures emblématiques tels Tahar Hamadache, Bellalouache Md Saïd, etc, parmi d’autres, est un regain d’espoir contre l’oubli et l’abattement. Avant d’entamer une procession pour le dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes de Farid Zadi dans son village Aït Zadi et Bellache El Hassen à Louta, étaient présents aussi les membres de l’association culturelle tamazight At Weghlis, à l’instar de Boualem Tamoun, Hakim Madaci, Yassa Arab, Bellache Nafaa, etc.

Ladite association qui a eu le mérite de faire sortir de l’oubli Farid Zadi en lui rendant plusieurs hommages auxquels avait participé Hassen et dont il a été toujours membre jusqu’à sa mort en mai 2000.

Lors du dépôt des gerbes de fleurs, sous un soleil de plomb, l’émotion était à son comble, beaucoup n’ont pas pu retenir leurs larmes, en écoutant les parents des disparus parler d’un ton militant comme leurs enfants respectifs.

Avant la dispersion de la foule, le poète Bellache Aziz, avec une intonation solennelle, a lu un poème révoltant pour rendre hommage aux deux hommes partis avant l’heure, les youyous et les applaudissements ont clôturé cette journée gravée à jamais dans la mémoire des présents.

S. B.

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