S’il y en a qui ne sont pas nés sous une bonne étoile, M. Hocine Aït Chérif en fait indéniablement partie. Il n’a pas eu la possibilité, au moins pendant sa tendre enfance, d’avoir un chez soi, comme tous les gamins de son âge. Très jeunes, avec ses frères, il a dû être hébergé chez de cousins, à Tagouits Ath Yahya, parce que son père aveugle et sans ressources a dû se dessaisir peu à peu de ses biens pour élever ses enfants.
Ne pas avoir de chez soi, avec des repères affectifs et domestiques, à cet âge de structuration personnelle, est déjà un handicap, un mauvais départ pour le long marathon de la vie. Son existence est justement une suite de pérégrinations, au hasard des disponibilités d’emploi et d’hébergement. Il s’établit à Aïn El Hammam, après son mariage, en louant chez un particulier. Cela ne dura pas longtemps, il sera reloge, parce que le propriétaire voulait récupérer son logement. Il s’installa ensuite à Khemis El Khechna avant de revenir en Kabylie, pour louer à Taourirt-Mokrane, chez un privé. Il s’installa ensuite à Aït Frah, en louant chez un émigré, au quartier Tizizit.
Ce dernier voulant récupérer son logement, il a dû trouver un petit logement en location chez un Algérois, toujours à Aït Frah, dans un autre quartier.
Mais le propriétaire de la maison lui fait déjà savoir qu’il devra bientôt vider les lieux, et il devra donc trouver où se caser avec ses 5 enfants dans les jours qui viennent. Si lui a déjà souffert intérieurement du manque d’environnement familial stable dans son petit village natal de Tagounits Ath Yahya, ce problème est malheureusement légué à ses enfants. Cet homme simple, parlant avec un calme surprenant, accepte la précarité de sa situation, ne nourrit cependant pas de ressentiment visible vis-à-vis des autorités en charge de la répartition des logements sociaux.
Il a bien déposé en 2001 sa demande mais son nom ne figure pas dans la liste des heureux bénéficiaires des 67 logements distribués à l’époque. Le recours qu’il formula fut sans résultat. Est-ce parce qu’il est originaire d’Aïn El Hammam ?
Un pied Aïn El Hammam, l’autre à Larbaâ Nath Irathen, mais tous les deux posés sur un sol fuyant, instable, quelle municipalité s’occupera de son cas qui relève vraiment de l’urgence sociale ?
M. Amarouche
