Une stupide histoire de petits-fours fait une vingtaine de blessés dont cinq policiers

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Une population jeune y bouillonne et est parée à aller à la charge de l’autre population, jeune aussi, venue de Taghzout. Les forces de l’ordre s’y interposent. Ces dernières ont vidé une bonne partie de la rue surexcitée. Prêts à intervenir à tout moment, les CNS, eux, ont pris position de l’autre côté du carrefour menant à Tikjda. Des officiers, pratiquement les seuls à occuper une partie de l’artère, dirigent les  »opérations ». L’un d’eux pique une colère dans son talkie-walkie : « Discrètement ! On est là pour calmer les esprits! »

Aux alentours de la rue bouillonnante, des grappes de badauds commentent la bataille déclarée entre de jeunes Taghzoutis et de jeunes  »Bouiris ». Chacun y va de son explication et de son appréciation. Le mot  »Berriane » est lâché et est repris par beaucoup. En fait, les regrettables incidents qui avaient secoué Berriane n’ont rien de commun, ni dans la forme ni dans le fond, avec cette stupide rixe qui a éclaté, cette fin de semaine à Bouira. Cela étant, un zeste de tribalisme primaire dépassé par le temps s’est invité à cette histoire de petits-fours pour lui donner des proportions tristement démesurées que l’on ne retrouve que dans les esprits désespérément incultes et ignares. Tout a commencé, mardi dernier, par une stupide histoire de gâteaux. Un jeune Taghzouti est chargé par son père d’acheter des petits-fours. Le jeune s’acquitte de la mission auprès d’un pâtissier implanté rue Benabdellah. De retour à la maison, le père du jeune  »missionnaire » constate que les gâteaux sont durs à casser des noix. Il reprochera à son fils de s’être fait arnaquer et l’invitera à aller revoir le pâtissier. Le jeune s’exécute et revient chez le pâtissier pour avoir de meilleurs petits-fours, sinon se faire rembourser. Mais il aura droit à des propos déplacés, selon les témoignages des uns et des autres. Le vendeur lui aurait dit : « Depuis quand les montagnards apprécient-ils les gâteaux! » Le jeune Taghzouti répliquera à la méprise. Et s’en suivra un échange de propos désobligeants jusqu’à en arriver aux mains. Les choses auraient pu et dû s’arrêter là. Hélas non! La stupide étincelle embrasera les esprits. Le jour même, de jeunes Taghzoutis décident de venir en démordre avec le pâtissier. La  »descente » est disproportionnée.

La rixe prendra de l’ampleur, le lendemain, et impliquera les jeunes du quartier. Les locaux à usage commercial et la bâtisse du pâtissier (au premier étage) sont pris d’assaut. Les vitres volent en éclats. Armes blanches et autres gourdins vont dans tous les sens. Pleurs et cris d’enfants et de femmes. Les forces de l’ordre arriveront à temps. Les éléments de la brigade anti-émeutes font le vide autour de la bâtisse. Des témoins de la rixe nous affirment que le feu allait être mis aux locaux du pâtissier. Le pire sera donc évité. Cela étant, la bagarre fera une vingtaine de blessés parmi les jeunes et cinq dont un officier parmi les forces de l’ordre. Dans l’après-midi, les policiers rétabliront l’ordre et occuperont le terrain de la bataille. En parallèle, d’autres éléments de la brigade anti-émeutes quadrillent le quartier, pendant que d’autres, positionnés au niveau de l’arrêt des fourgons de Haizer, filtrent les passagers. Pendant ce temps d’accalmie, le maire de la commune de Taghzout ne ménage aucun effort pour calmer les esprits. Les sages et autres personnes âgées s’y impliqueront aussi. Du côté de rue Benabdellah, les sages (parmi la famille du pâtissier notamment) se démènent aussi pour calmer les esprits en effervescence. C’est ainsi que jeudi matin, pendant que des adultes de Taghzout interdisaient à leurs enfants l’accès à la rue Benabdellah, l’appartement du pâtissier abritait une rencontre de réconciliation à laquelle ont pris part des personnalités de la ville et les sages de Taghzout. Le calme sera définitivement revenu, dans l’après-midi. A tête reposée, tous ces jeunes se rendront peut être compte qu’ils ont failli réveiller, pour de vrai, les vieux, démons et mesureront peut-être aussi à quels points ils ont été stupides et mal inspirés.

T. O. A

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