L’éternel repère pour les jeunes

C’est justement la raison, disent les jeunes que nous avons interrogés, de leur attachement à la symbolique que représente pour eux le Rebelle, Matoub Lounès. Ce dernier est resté malgré les onze ans passés de son assassinat, l’idole d’une jeunesse qui se reconnaît toujours dans son combat, dans l’idéal pour lequel il a payé le prix fort.  » Matoub est pour moi un artiste à part. Même si j’aime bien les jeunes chanteurs à l’image de Allaoua, Saïd Youcef, écouter Lounès provoque en moi un sentiment exceptionnel. Je pense qu’il est le seul qui a réussi à fédérer autour de ses belles œuvres plusieurs générations.

La nôtre est plus attachée car elle se reconnaît dans son combat. N’oublions surtout pas, pour ceux qui pensent que cette génération n’est plus branchée à ce style, que cette génération est celle de 2001 qui a bravé la mort pour combattre la hogra. Matoub reste pour moi un repère », déclare Amirouche, 20 ans. Notre interlocuteur attablé dans un café au centre-ville de Tigzirt, a raté son bac deux fois. « La manière avec laquelle Lounès avait traité le sujet de la déception et de l’échec m’a énormément marqué. Ecouter ses chansons a été pour moi un réconfort, un soutien moral, une bouffée d’oxygène qui m’extirpait du vent de la déception qui soufflait sur ma vie », ajoute Amirouche qui tient actuellement un petit commerce en ville.

Kamel, baladeur en mains et écouteurs accrochés, est lycéen à Tizi N’T’leta, lui aussi est fan de Matoub. « Il y a des moment où le Rebelle s’impose de lui-même, je l’écoute tout le temps « .

Nous lui demandons quelles sont alors ses chansons préférées : « Vous savez, les chansons d’amour de Lounès sont des chefs- d’œuvre. Je m’y reconnais. Kechmagh Di Souk Tlufa, entre autres. Quand il évoque l’amour, on sent que c’est vraiment sincère.  »

Vraisemblance, les jeunes ne font guère exception quand il s’agit d’évoquer le nom de Matoub. C’est pratiquement la même réponse.

Onze ans après sa disparition tragique, Matoub continue de vivre dans le cœur de tous ces jeunes épris de liberté, et qui ont, un certain 25 juin 1998, bravé les interdits, brisé le mur de la peur et investi les rues de la Kabylie pour crier haut et fort leur indignation : « J’avais à l’époque à peine 15 ans.

J’avais conscience de ce que représentait Matoub. Je me souviens avoir fait le trajet Maâtkas -Tizi Ouzou à pied juste pour participer aux manifestations. L’annonce de la mort de Lounès nous a tous choqués. Il était le symbole d’une honnêteté et d’un engagement politique sans faille. Un Rebelle, un révolutionnaire qui n’avait peur de rien. C’était pour nous, un exemple de courage et d’abnégation.

J’ai participé aux émeutes et j’ai été même arrêté par les CSR. Onze ans, je ressens le même sentiment, la même frustration », nous dit Madjid, étudiant à l’université de Tizi Ouzou. Arach N’80 F’chlene, est, pour notre interlocuteur, une chanson qui a provoqué toute une génération. Matoub a réveillé les consciences : « Il y a par moments des périodes de démobilisation, un relâchement, Lounès a justement cette capacité de dénoncer, sans calculs, les dérives. Avec cette chanson, il a surtout fait revivre le combat dans le cœur d’une génération qui commençait à oublier… « .

Et s’il était encore vivant ? nous dit Hacene, 22 ans originaire des Ouadhias. Cette interrogation reviendra, à plusieurs reprises : » Je pense que s’il était vivant, beaucoup de choses ne seraient jamais arrivées.

La présence de Lounès aurait dissuadé certains d’opter pour une telle ou autre position, il aurait certainement dénoncé cette dislocation qui menace l’existence même de notre société au tant qu’entité kabyle.

Dommage qu’il ne soit plus là pour nous éclairer, nous guider et surtout empêcher certains d’asseoir leur hégémonie sur les esprits.  »

Les jeunes de Kabylie continuent à perpétuer la tradition. Célébrer, certes dans la douleur, l’anniversaire de l’assassinat du rebelle, une manière à eux de faire vivre éternellement Lounès. c’est le cas des jeunes de la région des Ouadhias qui se sont constitués en collectif pour organiser aujourd’hui un gala artistique dédié à la mémoire de Matoub. Qui a dit que les jeunes de l’actuelle génération ne se souviennent pas de tous les hommes qui se sont donnés à fond pour faire vivre la cause et le combat identitaire ?

Omar Zeghni