Vous souvenez-vous des bougies qui enflammaient la Kabylie après le premier, le deuxième et même le troisième anniversaire de l’assassinat de Lounès ? Seuls ou en groupe, des jeunes, des vieux et des femmes apportaient une bougie à chaque veillée de ce 25 juin de chaque année. Un geste et un élan de leurs parts, ils allument des bougies sur les artères et les coins de chaque village, de chaque quartier, de chaque ville de Kabylie. L’émotion était bien présente à chaque anniversaire à travers cette terre, commettant le berceau d’un rebelle qui a laissé le trône à celui qui pourra graver autant, et à celui qui pourra veiller sur le patrimoine ancestral. Ce geste qu’on n’a pas revu ces dernières années fut une manière de rompre les pulsations silencieuses qui gonflent les eternels fans de Lounès. Cette génération séduite par le « cardinale de la chanson berbère », comme certains préfèrent le nommer, a-t-elle cessé ? Ses bougies enflammées rendant visible et palpable le lien identitaire, lequel Lounés a souvent défendu ? Leur existence, disent-ils, souvent était » régénérée » par l’apparition du chanteur, hormis le militant de la cause identitaire et le revendicateur de la démocratie. Que chaque chose ait un coût, cela est courant depuis toujours. Pour le cas de Lounès, ce sont ses textes poignants et immortels qui auront la récompense de son combat éminent. « La paix renaîtra un jour, et mes chants parmi vous, célébreront à nouveau le Printemps si cher à nos cœurs… », a-t-il maintes fois suggéré. Lounès est parti au même titre que les soldats partant en guerre, ces derniers auront une médaille certes, mais c’est leurs parents qui les récupèrent. L’enfant de Taourirt Moussa a vivement mené son combat. Un combat inscrit dans son parcours, en revendiquant d’ériger une Algérie meilleure et une démocratie majeure. Cet infatigable barde de la laïcité et de la culture berbère a clamé sur tous les tons que seule la mort parviendrait à le faire taire. La vie il a failli la perdre à deux reprises. Une fois en 1988, où, il échappait à la gendarmerie de Michelet qui a tenté de metter fin à sa vie, mais sa flamme a rejailli, en criant » Mazal ssut-iw ad yebbaâzeq… as-d-slen « . Six ans plus tard, en 1994, le Rebelle a survécu quatorze jours de captivité chez un groupe armé. Quelque temps après sa libération, Lounès avait affirmé qu’il ne se rabaissera jamais. « Je continuerai mon combat jusqu’à l’ultime seconde de ma vie. » Le fils de Taourirt n’a pas pu échapper au troisième guet-apens mortel orchestré un certain jeudi 25 juin 1998, par « les forces de la mort » ou « les ennemis de la vie ». Le martyre criblé de plus de soixante-dix balles a toujours répandu des textes et la parole interdite sur la terre de son peuple. Rien ne peut effacer cette mémoire qui s’ajoute à l’agenda millénaire constitué par ses ancêtres, et qui contient des noms et des légendes qui ont marqué l’histoire d’une région qui demeure le pilier des revendications.
Onze années se sont écoulées depuis son lâche assassinat par un groupe armé du coté de Thala Bounan, à quelques encablures d’Ath Dwala, mais c’est exactement ce jour-là que les assassins de Lounès lui avaient offert la vie éternelle, celle qui le portera à jamais dans les cœurs de milliers, voire de millions de Kabyles, qui reprennent, même chez ceux qui étaient nés après 1998, ses chansons en chœurs dans toutes manifestations. Il vit par ses idées, une vie d’immortel qu’elle n’offre qu’aux hommes et femmes de la stature de Lounès, celui qui fut le porte-voix de son peuple, un peuple brimé par une haine, « officielle » et une autre » idéologique » !
Akli Slimani
