Le mouvement associatif en agonie ces dernières années a fini par geler toutes ses activités. Le seul cadre culturel et sportif qui s’occupait jusque-là des jeunes, les tenait en haleine par des activités de loisirs destinées à les protéger contre l’alcool, le tabac, la drogue et la délinquance qui leur font les yeux doux, s’est éclipsé un peu de manière insidueuse mais qui a duré dans le temps pour qu’il fasse finalement naufrage.
Où sont donc les nombreuses sections de badminton créées par l’association sportive la plus récente du village ? Où sont ces tournois intercommunaux de football que les jeunes de différentes contrées partageaient dans la liesse et la convivialité ? Où est donc passée toute la culture de tisser des relations avec les autres, cette vertu de tolérance que les vétérans de la balle ronde ont véhiculée ?
La situation des jeunes éprouvés par l’oisiveté, l’absence totale de culture pour meubler leur temps fait vraiment peine à voir. Le fléau de la drogue qui continue sa sale besogne dans l’oubli n’a de cesse à grignoter la plus précieuse frange de la nation qui sans perspective ni espoir de se construire n’ont qu’un projet obsessionnel en tête : aller de l’autre côté de la Méditerranée à la conquête de leur Amérique idéale.
Las d’attendre indéfiniment une opportunité de travail qui n’arrive pas, éprouvés par une vie qui ne leur a rien donné pour profiter de la fleur de l’âge, une seule idée les hante : partir à la recherche de la dernière chance en France au Canada ou en Afrique noire, peu importe.
L’exemple de nombreux jeunes qui ont quitté tour à tour le village leur insuffle l’espoir de pouvoir trouver comme eux une opportunité de trouver le coin rêvé, l’Eden de paix et de quiétude pour faire valoir vraiment leur droit à la vie.
Ils ont tous un jour quitté ce village pour s’établir en France, au Danemark, au Canada. Ils s’enfuient discrètement mais finissent par mettre à exécution la menace de s’en aller qu’ils profèrent à leurs parents ou à leur entourage. Et Hassène, Nourdine, Malek, Boualem, les frères Hamitouche et bien d’autres encore. Tous sont partis sans prévenir. Ils ont, malgré les difficultés, réussi à s’établir, à travailler, donc à avoir droit à se marier comme tout le monde. Ils ont donc réussi, confirment les jeunes qui entretiennent encore le rêve similaire.
Dans leur acharnement à partir, ils cherchent désespérément à faire une connaissance via le net ou demandent un visa pour, soi-disant poursuivre des études, ce qui n’est qu’un alibi pour pouvoir sortir de cette « prison de fer à ciel ouvert ».
Ces jeunes disent n’attendre que l’occasion de se retrouver de l’autre côté de la Méditerranée pour passer à l’action. Ce sont tous ou presque des harragas en sursis. On n’a rien fait pour les convaincre de rester chez eux.
D’une certaine manière, leur piètre cadre de vie, les incite de manière cœrcitive à foutre le camp.
Z. Z.
