Même si, à proximité de la mer, la boisson plutôt avalée que bue est aussi vite rendue par les pores. Ce qui n’est pas sans désagréments pour le bien-être individuel et le look mille fois fait et défait des frimeurs locaux. La quantité de liquide débitée par les cafés, buvettes, marchands ambulants, estaminets est ahurissante. Le chiffre d’affaires des limonadiers et autres taverniers, brasseurs et fabricants de boissons softs, explose. Il n’y a pas que dehors, entre potes ou en solo, au petit café du coin ou au bar habituel que “l’homo Algérianicus” se sustente en s’affichant volontiers liquide que solide. Rares, en effet, sont les foyers où ne s’étale pas plusieurs fois par semaine la fameuse 2 litres sortie tout droit du congélateur et qui pour beaucoup tient lieu autant de rafraîchissement que de dessert.La région offre, entre produits étrangers et locaux, une palette autant variée que soignée. La production locale, celle qui a survécu au tsunami résultant de l’ouverture du marché et qui a emporté plusieurs limonadiers pour lesquels il faut le souligner, l’exigence de qualité n’a jamais été une priorité, tient remarquablement le coup. Non seulement elle s’impose sur toute l’étendue du territoire mais elle tend à se labelliser, c’est le cas des exploitants d’une eau minérale qui en variant leur production par l’introduction sur le marché de boissons gazeuses, qui allient originalité et qualité gustative de premier ordre et de jus, n’arrivent pas, le succès aidant, à satisfaire toute la demande nationale. Le marché de la limonade est partagé entre le mastodonte d’Atlanta, son frère l’autre géant US et une poignée de producteurs basé essentiellement sur l’axe Bgayet-Akbou, la vallée de la Soummam, paradis de l’agro-alimentaire, concentrant l’essentiel de cette activité. Si pour la bouteille 30.33 cl, les parts de marché semblent être réparties dans des proportions presque égales entre les différents producteurs, locaux et étrangers, la tendance s’inverse totalement par les bouteilles PET d’un litre à 2 litres. Là-il n’ y a pas photos et les grosses multinationales ont pris une bonne longueur d’avance. Marketting, campagnes publicitaires empreintant tous les espaces, agressivité, concours richement dotés et très puisés par la population, rappelons simplement le fameux guidon du V.T.T et la très convoitée clé, sont les atouts que les géants mondiaux du soft drink étalent régulièrement et que semblent superbement dédaigner nos producteurs qui n’ont guère dépassé le stade d’entreprises florissantes, bien gérées certes mais portant toujours l’estampe familiale, ce qui à bien des égards constitue un frein à l’expolsition de l’entreprise. Il y a de la place pour tout le monde disent-ils ! Rien n’est plus faux, car une méga offensive des majors des boissons pétillantes laisserait sûrement des traces indélébiles, emportant, telle une lame de fond, tous les concurrents. Mais on n’en est pas encore là ! L’ancêtre, le limonadier du Hamma à Alger, malgré un nom et un label, n’a dû sa survie qu’au prix d’une mise à niveau, d’un changement de look, d’une diversification de la production et d’un zeste de pub… Pour le moment, la guerre de la limonade n’a pas eu lieu, chacun usant de méthodes loyales, chevaleresques. Pas d’OPA donc, ni de tentatives franches d’en finir avec l’autre, pour le plus grand bonheur du consommateur qui n’a que l’embarras du choix… Qu’il est loin le temps de la boisson unique… Quant aux prix, ils se maintiennent, il n’y a pas eu d’augmentation et comme sous l’effet d’un accord tacite, on assiste à un tassement des prix depuis 4 ans, sauf pour les grosses cylindrées, 1,5 l et 2 l, dont le rapport qualité, quantité, prix est de loin le meilleur sur le marché. Les adeptes du nectar de Bacchus sont de leur côté bien gatés. De l’etat de quasi-pénurie, on est passé à la corne d’abondance. Plusieurs marques, des dizaines, en canettes, bouteilles de toutes les contenances se bousculent dans un marché fort, juteux au demeurant. Le temps des bouteilles ample d’un breuvage douteux, opaque, souvent imbuvable est bel et bien révolu. Aujourd’hui, les amateurs, devant tant de variétés, se retrouvent souvent confrontés à un véritable choix cornélien. L’abondance, brutale, au pays des pénuries chroniques, les vraies et les organisées, n’est pas sans créer des situations loufoques où le buveur invétéré, incapable d’apprécier autre chose que ce qu’il a l’habitude de boire en arrive à réclamer sa bière, celle de toujours, sa fidèle compagne de plusieurs années. Les jeunes, eux la friment et le “m’as tu vu” en bandoulière préfèrent la petite bouteille jetable ou la canette. L’autre, la vénérable 33 cl, ils ne connaissent pas. Ils n’ont rien raté pour une fois ! La aussi point de guerre des tranchées. La Danoise, la Belge, l’Hollandaise, l’Allemande, la Française et l’Algérienne cohabitent en parfaite harmonie et aucun n’arrive vraiment à s’imposer et à fidéliser une clientèle pas trop difficile, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Il est tout simplement demandé un peu plus de contrôles sur les ventes de manière à protéger (?) une jeunesse qui n’en est pas à sa première expérience extrême.
Mustapha R.
