Les citoyens bloquent la RN6

Un septugénaire hors de lui tempête : « Notre village paye, en ce moment,un lourd tribut à cause de la pollution. Nous sommes cernés par des décharges dont nous continuons malgré nos réclamations aux autorités, à faire les frais. Nous voulons dire basta à ces autorités qui éludent notre revendication d’éradiquer ces décharges qui remontent à des années.  » Dans la foulée, un autre manifestant moins âgé, mais tout aussi courroucé lui emboîte le pas : « Que ces autorités viennent voir l’enfer que nous endurons suite à ces jets anarchiques d’ordures. Nous sommes les premières victimes à subir de plein fouet la pollution de l’oued Sahel à travers les odeurs putrides et les fumées dues aux incinérations », se lamente-t-il, dénonçant la fin de non-recevoir opposée par les pouvoirs publics à leurs doléances. Et la goutte qui a fait déborder le vase c’est, selon les deux intervenants, les incinérations des déchets qui ont déjà généré des foyers d’incendies. Des manifestants montrent même d’un côté de la route paralysée des oliviers roussis par les flammes. « Nous ne sommes pas prêts à être brûlés vifs comme des rats parce que les pouvoirs publics ne font rien pour éradiquer le phénomène des décharges sauvages. Nous disons non à ces responsables prostrés à longueur d’année et qui, en plus, ne prennent même pas la peine de répondre à nos requêtes ». Néanmoins, la fermeture de cette voie de communicaton a causé de grandes perturbations du trafic vers Béni Mansour et l’est du pays. Premières victimes du blocage de cette route, des dizaines de transporteurs de voyageurs obligés à interrompre leur activité ou à faire de grands détours via les routes nationales 26 et 5. Camions, voitures légères et véhicules de transport de voyageurs ont vécu hier au rythme des perturabations. Certains ont rebroussé chemin, pour faire un détour éprouvant allongeant la durée de leur trajet. D’autres ont essayé de composer avec les tracasseries liées à cette coupure de route en faisant tout simplement un transbordement. Mais, là encore, ce sont les voyageurs qui ont galéré pour faire à pied une distance estimée à un kilomètre entre l’arrêt habituel des fourgons et le site où les manifestants ont paralysé la circulation avec des pneus et autres objets sur la chausée. Enfin, les pauvres citoyens ont eu l’amère suprise de se faire signifier avec arrogance qu’ils n’ont qu’à faire demi-tour, la route étant bel et bien fermée. Malgré l’extrême nécessité de passer, beaucoup, par souci d’éviter l’escalade verbale ou autre dépassement s’exécutent. Pour les dissidents, c’est légitime de fermer la route pour pousser les autorités à les écouter et à accéder à leurs revendications. Pourquoi ne vont-ils pas fermer l’APC ou la daïra ? s’interrogent à demi-voix certains usagers éprouvés d’avoir à faire un double trajet alors qu’ils n’ont rien à voir avec cela. De quel droit finalement, un citoyen est-il bloqué sur une route parce que les autorités ignorent leurs revendications ? Combien de temps cette culture qui consitse à prendre en otage les plus vulnérables, va-t-elle durer ? C’est la question qui est sur toutes les lèvres.

En tout cas, la tolérance zéro observée à l’égard des usagers même pressés ou en famille a failli parfois mal tourner. Des dérapages ont été à chaque fois, in extremis évités grâce à l’intervention de citoyens sur place faisant preuve de plus de sagesse. « Que ces citoyens aillent s’expliquer comme ils voudraient avec les autorités, clament certains voyageurs agacés, mais ce n’est pas à nous d’en payer les frais ! »

Z. Z.