La moyenne d’âge de tous ces morts se situe entre 60 et 70 ans. Ces derniers présentent dans leur écrasante majorité un diagnostic commun… « hypertendus ». Pour une commune d’à peine 11 000 habitants, cette subite hausse du taux de mortalité jamais observé auparavant est anormale et inquiétante. « Mort naturelle » stipulent les certificats médicaux délivrés par le secteur sanitaire de M’chedallah où il nous a été donné d’assister à l’arrivée de ces malades qui expirent au niveau du cabinet de consultation des urgences avant même leur admission.
La première observation à faire, c’est le traitement réservé aux cadavres à l’hôpital : d’abord ils sont déposés près de deux heures dans le couloir avant que le médecin ne délivre le certificat de décès, ensuite les parents munis de ce certificat doivent passer par une série de procédures avant de pouvoir récupérer leur dépouille : faire la déclaration de décès à l’APC, une autorisation du transport du corps délivrée par les services de la daïra et enfin la mise en bière à laquelle doit assister un policier qu’on doit aller solliciter auprès de la Sûreté urbaine. Une procédure qui prend un peu plus de deux heures et cela quand tous les agents de ces administrations sont disponibles. Pour ceux arrivés morts à l’hôpital ou décédés lors de leur évacuation en cours de route, il faudrait que les parents se déplacent jusqu’au tribunal de Bouira munis de toutes les pièces énumérées pour se faire délivrer un permis d’inhumer. Pendant tout ce temps, le cadavre se trouve toujours au même endroit, sous des températures qui varient entre 39 et 40°, ce qui déclenche le processus d’une décomposition accélérée.
De nombreuses dépouilles sont arrivées à leurs domiciles le visage complètement noirci et méconnaissable en raison de ces expositions prolongées à la chaleur. Pourquoi laisse-t-on ces cadavres dans le hall alors qu’il y a des salles dans cet hôpital qui sont climatisées ? Des salles où règne une sensible fraîcheur suffisante pour retarder la décomposition et cela en plus d’une morgue assez spacieuse comportant de nombreux casiers vides ? Enfin, cette brusque hausse de mortalité a largement franchie la moyenne régulière et fait l’objet de discussions par la population locale, un sujet inquiétant pour tous ceux et celles ayant des parents âgés.
Est-ce que le brusque changement climatique depuis un certain temps avec des pics de températures assez sensibles y est pas pour quelque chose ? C’est un cas sur lequel doivent se pencher les services de la santé qui doivent comparer les statistiques des décès de l’actuelle période à celle des années précédentes pour en tirer les conclusions qui s’imposent.
Oulaïd Soualah
