Ce projet de CET inscrit depuis 2002 et qui a connu moult périmètres devait initialement être implanté sur la base d’une étude technique sur un site intercommunal mitoyen des communes de Béjaïa et Oued-Ghir sur le plateau de Sidi-Bouderhem aux abords de la RN12. Par suite de fortes oppositions, le CET déplacé en 2003 sur le deuxième site sélectionné par l’étude vers le lieu dit Ighil-Nezza, sur la route de Boulimat, à quelques encablures de l’actuelle décharge, a connu le même sort en raison de sa proximité avec le littoral.
Mis en veille depuis, en dépit de l’acquisition prématurée d’engins, la direction de l’environnement ressuscite le projet en 2008 et préconise son implantation sur le site de Bouchekroune, à la suite d’une sortie effectuée avec des élus de la collectivité locale. Cependant, la concrétisation de ce programme dont l’importance pour la commune de Béjaïa n’est pas à démontrer risque une nouvelle fois d’être compromise eu égard à l’incohérence de la démarche de la direction de l’environnement qui se caractérise par un déficit chronique en communication avec, cette fois-ci, des propos médiatiques à la limite de la menace, l’absence d’interlocuteur en la personne du P/APC ou du vice-président chargé de l’hygiène, qui faut-il le rappeler, est indisponible depuis fort longtemps, le désarroi du mouvement associatif de la région qui, ne trouvant écho aux inquiétudes légitimes exprimées, peut tendre vers la radicalisation.
Sur un autre chapitre, l’étude d’impact reste fondamentalement insuffisante en l’absence de critères de sélection ou d’exclusion du site par rapport à d’autres. En effet, l’incertitude pèse réellement sur l’identification exacte du site choisi dès lors que l’emplacement localisé par les services de la direction de l’environnement lors de la dernière sortie de la délégation sur les lieux dénommés Bouchekroune contredit totalement les indications du PDAU intercommunal qui prévoient sur cartes un CET intercommunal d’une superficie de 115,7 ha sur le lieu dit Igzer-Ouzemour. Cette situation dénote, on ne peut mieux, une certaine confusion sachant que l’étude d’impact traite d’un CET sur une superficie de 32 ha avec une vocation intercommunale en dehors de Bouchekroune, qui est répertorié par les cartes du PDAU sur le territoire de la commune de Oued Ghir. D’autre part, le CET projeté sans aucune classification et sans aucune structure de tri laisse supposer le stockage de tous types de déchets qui conférent inévitablement le statut d’une véritable décharge incontrôlée malgré tous les dispositifs de protection de l’environnement déclamés.
L’étude d’impact reste également muette sur les mesures nécessaires pour la décontamination et la réintégration du site dans son environnement naturel après sa fermeture durant 20 ans, les plans de réaménagement sont obligatoires dans ce cas de figure. L’étude qui reconnaît l’existence d’impacts cumulatifs du CET dus aux risques probables d’incendies et à la contamination des sols limite l’analyse des nuisances au seul périmètre du CET faisant fi de tous les villages situés sur l’itinéraire qui ne manqueront pas de subir des effets directs. A ce titre, le mémoire que doit produire la direction de l’environnement en réponse aux réserves défavorables exprimées par le commissaire enquêteur mérite d’être connu. S’agissant d’un projet d’envergure, permettant la délocalisation définitive de la décharge de Boulimat sur la RN24, l’intervention du wali est souhaitée avec la participation de toutes les parties concernées pour la solution idoine qui passe par la levée de toutes les interrogations soulevées et la prise en compte de la proposition des représentants associatifs de la localité. En tout état de cause, la question reste fondamentalement posée sur le choix de l’Algérie de ce type de technologie de traitement des déchets par les CET qui est révolue voire même interdite sous d’autres cieux.
Mouhoubi Allaoua
