Jamais de mémoire d’homme, oued Amarigh n’a été autant pollué. Le cours d’eau qui prend sa source dans la région des Bibans, à l’Est du pays, est, ces derniers jours, devenu un dépotoir gigantesque pour des déchets tous azimuts. Les ordures ménagères, les margines, les pneus, les emballages divers en plastique sont autant d’agents toxiques qui souillent ces eaux où il serait difficile d’imaginer toute vie aquatique.
On parle même d’une raréfaction des grenouilles et de tortues : signe qui pourrait signifier un grave déséquilibre de l’écosystème s’il venait à se confirmer bien sûr. Pire, en plus d’être un réceptacle pour les eaux d’égout, l’oued est menacé par d’importantes infiltrations du pétrole après une fuite, en décembre dernier, qu’on s’est évertué à juguler en tentant de canaliser le flux souterrain, drainé selon la gravité du relief, par les services de GTP de Sonatrach pour en faire, des mois durant, des réservoirs de brut transformés en gigantesques flambeaux rappelant à quelque chose prés, les puits de pétrole du Koweit incendiés pendant la première guerre du Golf. Malheureusement, une partie du pétrole apporte aussi son lot de pollution en dépit des tas de sable et de gravats dressés par Sonatrach pour stopper la course folle de l’or noir. Au niveau du pont ferroviaire, des déchets continuent d’être jetés malgré le démantèlement il y a quelques années d’une décharge sauvage. C’est une étendue d’eaux stagnantes noirâtres d’où se dégagent des odeurs putrides. Le piètre état du cours d’eau fait peine à voir et inflige un enfer invivable aux riverains immédiats à l’ouest du village, par ses odeurs insupportables et les attaques nocturnes par des nuées de moustiques qui rappellent ceux des zones marécageuses en Afrique responsables à l’origine d’une transmission de bactéries mortelles. Une étude faite par un spécialiste à la demande d’un des cinq propriétaires des puits souillés par le pétrole met non seulement en évidence l’étendue et l’ampleur de la pollution, mais anticipe des risques élevés de contamination des ressources hydriques. A moins d’un miracle, dit-on, la nappe phréatique pourrait être touchée à Toghza où il y a les puits et les forages approvisionnant les populations de la commune de Boudjellil notamment.
La sonnette d’alarme est tirée et d’aucuns réalisent, y compris les autorités, la menace qui pèse sérieusement sur les ressources hydriques alimentant la région. D’ailleurs, on se demande ce qui peut bien empêcher le flux de la pollution d’atteindre tôt ou tard les profondeurs de la nappe phréatique, si ce n’est pas déjà fait d’ailleurs. La menace est-elle prise au sérieux ? On sait que l’eau est sujette régulièrement à des prélèvements pour être passée au crible par les services d’hygiène à la recherche d’un moindre indice de pollution.
Néanmoins, les citoyens semblent rester sur le qui-vive par rapport à cette situation même, si pour l’heure, elle ne leur inspire pas tout à fait confiance.
Z. Z.
