Pour nombre de nos seniors, partir à la retraite, c’est mourir un peu. Car à l’évidence, ils ne sortent de la vie active que pour sombrer dans les abysses d’une vie végétative : La considération sociale en moins, l’insécurité financière en plus. « Du jour au lendemain, vous n’arrivez plus, avec votre pension rachitique, à joindre les deux bouts, vous vous retrouvez marginalisé et sans ambitions.
C’est la première mort », nous confie Boudjemaâ B., un retraité manifestement bouleversé par la rupture dramatique de ses liens sociaux et de ses habitudes professionnelles. Pour s’extraire de cette quadrature du cercle, Boudjemaâ entrevoit d’emboîter le pas à ses pairs de misère qui sont nombreux à avoir repris le chemin du travail. « Au lieu de profiter pleinement de la vie et savourer ses vieux jours, on meurt à petit feu.
Alors autant se lancer dans une autre aventure professionnelle, d’autant plus que mes capacités physiques sont intactes », nous dit-il. « Cela fait quatre ans que j’ai pris ma retraite et je n’ai jamais réellement arrêté de travailler », témoigne Mouhoub L., versé dans l’activité agricole saisonnière.
La sphère informelle abonde de ces retraités qui, après avoir épuisé leur vie et leur carrière dans un ou plusieurs secteurs d’activité, réinvestissent le monde du travail, pour payer des dettes contractées, relever le niveau de leurs revenus ou simplement pour ne pas rompre avec la discipline d’un emploi du temps réglé depuis plus de trois décennies.
C’est ainsi que des enseignants s’improvisent chauffeurs de taxis clandestins, des cadres de la Fonction publique font dans le commerce, des ouvriers professionnelles reconvertis dans le gardiennage et l’agriculture… etc.
« Quand je me suis lancé pour la première fois dans cette activité extraprofessionnelle, je voulais simplement mettre du beurre dans les épinards.
Maintenant que je suis à la retraite, je n’ai aucune raison de l’abandonner, surtout que les revenus sont parfois supérieurs à ceux que me verse la Fonction publique », relate Mohand Akli, un ex-éducateur d’Akbou, versé depuis longtemps dans le transport de marchandise.
N. Maouche
