A en croire le groupement des afficheurs privés, qui ont convié hier la presse à une rencontre à l’hôtel Hilton, qui se voulait un éclaircissement sur l’état du secteur mais. aussi et surtout un cri d’alarme pour leur devenir, l’on s’acheminerait vers une situation monopolistique où un seul opérateur accaparerait la totalité des parts d’un marché de l’affichage estimé, rien que dans l’Algérois, à 200 millions DA (2 millions d’euros). Ils sont une vingtaine de sociétés privées à se lancer dans l’activité depuis son ouverture : Proimages, Avenir décoration, Focus, Wall Street, A Plus, Prismacom, Apcs, et autres. Selon eux, les derniers changements introduits par la wilaya d’Alger à l’effet de réglementer une activité qui, semble-t-il, est en proie à une « quasi-anarchie », menacent de porter un sérieux coup à leurs intérêts et de les inciter à mettre la clé sous le paillasson.
« Arrachage illégal » de panneaux publicitairesAvant tout, ils ont tenu à dénoncer vivement d’une seule voix l’ »arrachage » de leurs panneaux publicitaires, sans aucune mise en demeure et sans suivre la procédure légale. « Pour l’érection d’un panneau publicitaire, il faudrait débourser entre 8 000 et 13 000 euros », indique-t-on en annonçant que pas moins de 300 panneaux ont ainsi été arrachés, toutes sociétés confondues, sans pour autant révéler les pertes pour chacune d’elles.
Un cahier des charges indésirable Mais là où le bât blesse, et en profondeur pour ces opérateurs, c’est, disent-ils, quand ils se retrouvent systématiquement mis à l’écart et leurs intérêts lésés, après la mise en œuvre de la nouvelle réglementation dans l’objectif de mieux régir le secteur. Mais aussi suite à la publication, le 12 juillet dernier, par les services de la wilaya d’Alger, d’un cahier des charges fixant les droits et les obligations liés à la mise en adjudication des sites destinés à l’affichage publicitaire, dans le but révélé d’ »assainir » la situation. « Le présent cahier des charges a pour objet de définir les conditions administratives, financières et techniques liées à la mise en adjudication des sites destinés à l’affichage publicitaire, relevant du domaine public de la wilaya et des communes, en contrepartie, l’adjudicataire fournit, pose et entretient un ensemble de mobilier urbain et s’acquittera d’une redevance annuelle ». Cette mention figure dans ledit document, dont une copie a été remise à la presse. En des termes plus simples, il est demandé aux afficheurs de fournir, poser et entretenir, pour continuer à exercer leur activité, un ensemble de mobilier urbain, c’est-à-dire des abris-bus, des kiosques de vente, des toilettes, des bancs, des fontaines publiques, des corbeilles (poubelles), des barrières de protection et autres matériels. Sont admis à participer à cette adjudication « les opérateurs économiques, les entreprises et les agences de droit algérien agissant dans le domaine de la publicité ayant répondu à l’avis de la manifestation d’intérêt lancé par la wilaya d’Alger paru dans les quotidiens nationaux à partir du 07/04/2005 et ayant participé à l’exposition du mobilier urbain tenue à la Safex du 14 au 18 mai 2005 », précisera le même document. Que reproche-t-on en fait à ce cahier des charges ? « La wilaya n’a pas fait appel à des professionnels pour concocter un tel document », rétorque-t-on, en soulignant que « ce cahier des charges souffre d’insuffisances aberrantes et de manquement grave à la réglementation en vigueur ». Il est aussi truffé de zones d’ombres. Les opérateurs privés de l’affichage disent saluer la mise en place d’une réglementation mais dénoncent farouchement « la tournure anormale que les choses ont prises ». Mais aussi : « Cette nouvelle réglementation nous lie les mains beaucoup plus qu’elle n’arrange les choses ». Lors de la foire du mobilier urbain, il a été signifié aux afficheurs, nous dit-on, qu’ils auraient le choix de fournir le mobilier aux communes en contrepartie d’espaces publicitaires. Mais aussi que les produits qui ne seraient pas exposés ne sont pas retenus et aucun mobilier ne sera retenu sur fiche technique ou brochure. Ce qui figurait dans ledit cahier des charges après sa diffusion était autre que ce qui a été annoncé, précise-t-on. Quatre points « noirs » sont à relever, selon nos interlocuteurs.
Retour au monopole ?Toutes les communes de la wilaya d’Alger (58) sont concernées au lieu des 17 annoncées au départ, ce qui a triplé le budget. Il faut signaler que la capitale a été choisie comme ville pilote, avant d’étendre l’opération à d’autres régions. On relève aussi que la majorité du mobilier urbain retenu ne figure pas dans la liste des mobiliers exposés lors de la foire et il est hors de prix. Autre points de reproche : la commission a imposé, selon les mêmes sources, un fournisseur (d’origine italienne) pour 70% du marché et « par voie de conséquence un choix dirigé ». Les afficheurs privés dénoncent cet état de fait et se disent incapables de répondre à de tels critères. Ils sont donc de fait éliminés pour l’appel d’offres lancé il y a trois mois, et dont l’ouverture des plis interviendra lundi prochain (8 août). « Aucun appel d’offres technique n’a été lancé précédant celui financier », fait observer un des responsables. Ce qui laisse la voie libre, selon eux, à un seul opérateur, une société tunisienne qui est en train d’asseoir son monopole. Les responsables de sociétés d’affichage, qui ont consenti de colossales sommes d’argent en investissement, assistent médusés et impuissants à ce qui s’apparente à une mise à l’écart en règle, et ne se font pas d’illusions quant à leur sort qu’ils considèrent comme scellé à l’avance.
30 millions d’euros ou un chiffre pas comme les autresComme référence, ces managers citent l’ordonnance présidentielle n° 02-250 du 27 juillet 2002 interdisant tout monopole dans la procédure de passation des marchés publics. Pour 2005, mentionne-t-on, le marché publicitaire algérois est estimé par la wilaya à …30 millions d’euros (avec les équipements du mobilier urbain). Un chiffre qualifié d’ « hallucinant ». « Allez-y réaliser une analyse financière d’un tel montant en 4 jours », notera-t-on. L’on met en cause également les choix de l’emplacement pour les mobiliers urbains « tout à fait inadapté ». De même que les besoins des communes en mobilier urbain jugés « exagérés ». A titre illustratif, la commune de Kouba doit disposer de 1101 mobiliers (hors abribus) contre 197 panneaux d’affichage. « Même avec un espacement de 40 mètres, on n’arriverait pas à fixer un tel nombre de panneaux ».
Wilaya d’Alger : silence radioC’est donc à juste titre qu’ils s’interrogent sur les vraies motivations qui se cacheraient derrières de telles mesures qui « frisent le ridicule ». Des tentatives de contact avec les services de la wilaya d’Alger pour éclaircissements, les afficheurs en faisaient par dizaines quotidiennement. « Nous essayons 17 à 20 fois par jour de joindre la wilaya », dira l’un deux. De même qu’un recours pour le cahier des charges a été introduit auprès des mêmes instances, sans suite à aujourd’hui. Les membres du groupement des afficheurs comptent remettre leur sort entre les mains du Conseil de la concurrence, mais sans grande conviction pour la suite des événements. « Vous êtes notre dernier recours », lanceront-ils en s’adressant aux journalistes. Une affaire qui n’a pas encore révélé toute son ampleur. Le côté immergé de l’iceberg va-t-il se dévoiler dans les prochains jours ?
Elias Ben
