« Je suis prêt à partir »

Lors d’un meeting populaire animé le vendredi sur la place publique du chef-lieu de Barbacha, le maire de cette commune, Mohand Sadek Akrour a d’abord fait savoir à l’assistance qu’il est prêt à rendre le tablier « si la population le désire », avant de dresser l’état des lieux de sa municipalité qui, reconnaît-il, n’est pas du tout reluisant.

Cette sortie publique, néanmoins un peu spéciale pour une autorité locale qui préfère animer un meeting plutôt qu’une conférence a été décidée en guise de riposte à l’action de protestation des habitants de Boughiden ayant procédé au cours de la semaine dernière à la fermeture du siège de l’APC, pour les inviter à venir débattre de leurs problèmes publiquement et devant toute la population de Barbacha, comme notifié dans le communiqué du P/APC. Même si les villageois mécontents avaient immédiatement décliné l’invitation par le biais d’un autre communiqué, le meeting a eu lieu comme prévu et l’animateur a évoqué son programme de développement local réalisé ou en cours de réalisation avant de dire que la seule issue au sous-développement des villages se trouve dans les PPDRI.

En faisant savoir que la localité de Boughiden s’est taillé la part du lion des PCD, évaluant à 30% le budget déboursé le maire issu du PST n’a pas manqué de dénoncer quelques partis politiques, dont le FLN, le RND et quelques personnalités qu’il prêtent être derrière ces actions, comme pour boucler la boucle aux problèmes de la chose courante et entamer par la suite un discours purement politique. Il est allé jusqu’à demander par la suite à la population d’éviter des actions qui finiront par un avortement. « Si une action est nécessaire, nous allons la construire ensemble pour qu’elle aboutisse. Nous voulons tirer le niveau de la lutte politique vers le haut afin de ne pas gaspiller nos énergies pour des choses secondaires », a-t-il rétorqué devant une assistance qui ne semble pas être acquise à l’orateur, car elle n’a manifesté aucun signe à la faveur du discours.

Un discours qui a d’ailleurs vite montré en filigrane que l’unique P/APC de parti de Chawki n’est pas tout à fait contre ces révoltes citoyennes qu’il trouve même utiles et nécessaire à condition qu’elles changent de cible. « On ne doit pas gaspiller une cartouche sur un minable oiseau », dira Akrour en usant d’un adage kabyle pour mieux montrer du doigt le vrai adversaire qui n’est autre, selon l’orateur, que « ce pouvoir mafieux qui fait appauvrir son peuple et lui attribuer par la suite la charité par des couffins de ramadan ».

Le P/APC de Barbacha est allée droit au but en dévoilant le projet de société de sa tendance politique en parlant des misères engendrées par le capitalisme, de la nécessité de mener une révolution contre le mondialisme, du chômage galopant, du bradage des terres agricoles et du pouvoir d’achat. Et d’avertir l’assistance que des « jours noirs sont toujours devant nous ».

Le changement de casquette d’un responsable local par celle d’un militant de l’extrême gauche n’est pas loin d’être un acte délibéré si l’on se refère à l’absence flagrant d’une moitié des élus locaux de ce même parti et de la présence à ce meeting des membres du bureau national et régional du PST, parti cher au maire siégeant avec une majorité absolue de 6 sièges sur 9 de l’assemblée communale.

En somme, cette sortie du maire de Barbacha qui se veut une offensive contre ses détracteurs n’a pas abouti, puisqu’à la fin du meeting des voix se sont élevées, particulièrement des jeunes pour demander un débat que le maire avait catégoriquement rejeté en se contentant de dire que le débat était réservé aux mécontents de Boughiden, les grands absents de cette sortie.

Ce qui a laissé un goût d’inachevé chez ces jeunes de Barbacha qui ont tenté d’en découdre avec leur P/APC, en lui insinuant qu’il n’a pas tenu ses promesses données lors de la campagne électorale.

A Barbacha, il fallait donc fermer le siège de l’APC pour avoir droit à un débat avec son P/APC.

Nadir Touati