Les cordons de la bourse des pères de familles nombreuses n’ont pas eu trop de mal à se délier durant ces deux dernières journées où le marché hebdomadaire de Bouira battait son plein. Difficile en effet, d’échapper aux articles et fournitures scolaires qui étaient éparpillés sur quasiment l’ensemble du marché et on se bousculait grave pour marchander le prix des livres scolaires usagés. Des livres vendus entre 80 et 200 DA selon leurs états.
Cependant, le rush enregistré au niveau des fripiers dépassait tout entendement, de même que les tarifs pratiqués sur certains habits indispensable à la veille de la rentrée scolaire et à quelques jours de l’Aïd.
Des jeans délavés d’occasion à 400 dinars, des chaussures ayant déjà parcouru plusieurs kilomètres à voir leurs états étaient imposées à la vente à 1000 dinars. Les blousons et autres jackets à la mode durant les années 70 affichaient quant à eux des prix variant entre 200 et 800 dinars. Tricots, sweat-shirts, polos d’une fraîcheur douteuse étaient cédés à pas moins de 200 dinars.
Les fameuses blouses scolaires de couleurs bleues et roses étaient disponibles pour 400 DA. Les cartables et autres sacs à dos proposaient des gammes variant de 400 DA à 1 500 DA.
Cela dit, même face à ses prix exorbitants, les pères de familles n’ont pas longtemps hésité à acquérir ces marchandises, car le prix du neuf demeurait toujours aussi inaccessible.
Des souliers d’origine asiatiques à 1 500 dinars, une pâle copie d’une célèbre marque d’un équipement sportif. Les souliers d’origines de cette marque, Adidas pour ne pas la citer, ont été vendus à 8900 dinars. Mettre l’équivalent du SNMG dans une paire de godasses, aussi prestigieuse soit la marque relève de l’indécence pure et simple en ces temps de vaches maigres, et pourtant, il s’en est vendu plusieurs paires comme nous avions pu le constater hier matin sur les étals de certains marchands.
« Toutes les marques d’origine se vendent très bien », nous confie un ami possédant un étal sur le marché « … et même si les prix dissuadent plus d’un acheteur, ils s’en trouvent toujours quelques uns qui ne peuvent résister à faire plaisir à leurs enfants » un plaisir qui coûte les yeux de la tête et qui risque de faire pas mal d’envieux et surtout de susciter la jalousie parmi les camarades de classe de l’enfant chéri.
Pour un père de famille interrogé sur le marché, la tentation est grande d’autant plus que les habits serviront pour l’Aïd et pour la rentrée scolaire, c’est-à-dire d’une pierre deux coups. « Je préfère faire une seule acquisition et les vêtements serviront pour les deux reprises plutôt que de me saigner à deux fois ». Toutefois pour notre interlocuteur pas question de dépenser plus qu’il ne faut pour ces deux occasions et pas question d’acheter « lmarka ». pour ses trois enfants dont deux sont scolarisés, c’est un chiffre effarant qu’il a du débourser. « Pour pouvoir entièrement saper mes trois enfants de vêtements d’occasion mais avec des paires de souliers neuves, j’en ai eu pour 8600 dinars. Cela fait quatre mois que j’économise pour cette saignée que je ne peux éviter ». Parmi toutes les allées du marché, en plus des revendeurs à la sauvette qui étalent les fournitures scolaires « made in China », d’autres plus futés ont déjà pris les devants en proposant des jouets, pétards, artifices et autres produits pyrotechniques. Mais là c’est un autre filon qui fera encore davantage de blessures, aussi bien sur des mains inexpérimentées qui manipuleront ces produits prohibés que sur les porte-monnaie.
Hafidh B.
