C’est à une rentrée des plus mornes à laquelle on a eu droit à Beni Mansour située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Béjaïa. Une quinzaine de parents à peine a assisté pour la plupart à la première rentrée des petits scolarisés en première année. La rentrée dont on parle, dans les médias avec fracas, aura largement perdu de son charme et affiché un visage de déjà vu, boudée par les parents qui faisaient foule habituellement dans l’enceinte de l’établissement où même le nombre d’élèves est en sensible diminution, à cause d’une natalité que l’on attribue aux déplorables conditions de chômage et de mal-vie. C’est le sempiternel rassemblement des innocents pour la levée des couleurs puis un discours classique prononcé par le chef d’établissment pour soi-disant, inciter d’avantage les éternels cobayes du système à consacrer plus d’efforts pour assimiler un programme dont ils sont loin d’aimer.
On est encore loin des rentrées qui se faisaient dans la liesse et qui attiraient beaucoup de parents, lesquels s’absentaient chaque année de leur travail à l’occasion pour lui donner un cachet sacré. La rentrée ne semble plus tenir en haleine. Les citoyens n’ignorent pas que le périple des bambins est non seulement semé d’embûches mais voué à toutes les errances. La raison est toute simple : chaque année, on leur promet que le pays intégre des réformes universelles lesquelles vont remédier à la navigation à vue et au bricolage, responsables du niveau d’instruction en perpétuelle décadence. Les résultats promis par les officiels continuent à être une amère illusion. A Beni Mansour comme partout ailleurs, quand on parle éducation, c’est juste pour évoquer deux périodes précises : l’époque coloniale et l’école post indépendante qui a brillé, et d’où sont sortis les meilleurs des cadres du pays même si les gens n’avaient pas tous le privilège de faire des études universitaires.
Pour étayer leurs propos, des parents se permettent même des comparaisons entre d’anciens élèves au niveau modeste avec les diplômés au rabais lesquels affichent durant les tests de recrutement ou une fois embauchés de saisissantes déficiences qui font douter de la panoplie de leur diplômes. Au fait, ça sert à quoi une école publique qui produit des incompétents et fréquemment des illettrés ? C’est là toute la raison de la désaffection pour une école prise en otage qui est loin d’être une institution ouverte pour former le citoyen et lui ouvrir les voies au savoir-vivre. A Beni Mansour, un parent garde encore vivace le souvenir de l’école primaire d’antan où, évoque-t-il avec émotion, il a étudié en classe de cours moyen 2ème année (CM2) les sciences, le corps humain et les maladies et même des notions de scourisme. Autrefois, regrette-t-il avec nostalgie, un apprenant du primaire savait au moins rédiger une lettre ou une demande, mais que savent faire les diplômés de l’heure même armés d’un arsenal de diplômes et de titres ?
Z. Z.
