Annoncé pourtant en grande pompe par certains titres, l’intervention « salutaire » du ministre de la Solidarité nationale sur le marché n’a finalement été qu’un coup d’épée dans l’eau et un geste visant à s’extirper de la colère populaire quant à une augmentation exceptionnelle des prix. Ces derniers ont continué, bon gré mal gré, à prendre la courbe ascendante, durant ce mois sacré jusqu’à atteindre des seuils vertigineux pour certains produits. Le mois de la « rahma » arrive à terme alors que le simple citoyen devra encore subir les affres d’un marché sans pitié. Il est appelé ces jours-ci à satisfaire les besoins pour ne pas dire obligations de la fête de l’Aïd. Une fête religieuse que mettront à profit de véreux commerçants pour engranger, pour la énième fois, un profit au détriment du portefeuille des ménages qui seront donc face à la troisième phase des dépenses après celui du mois de ramadan, de la rentrée scolaire et enfin de l’Aïd. Juste après, les citoyens feront les calculs, serreront la ceinture et vivront certainement à un service minimum, se contentant de survivre, rien de plus.
Hier à Tizi-Ouzou, les commentaires allaient bon train, certain accusent les spéculateurs qui interviennent « quelque part » sur le circuit de distribution de la marchandise pour faire augmenter les prix alors que pour d’autres la faute incombe à l’Etat qui n’arrive toujours pas à maîtriser le marché, à jouer son véritable rôle de régulateur et mettre ainsi fin à la logique de « bazar » qui gangrène le commerce dans le pays. « C’est l’Etat, estime Saïd, un retraité de l’administration, qui devra faire jouer son autorité afin de structurer un marché livré à l’anarchie qui se trouve, paradoxalement, « squatté » par la pratique spéculative. » Et ce n’est sûrement pas la fameuse logique « d’offre et de la demande » et des prix libres dans laquelle s’est toujours « réfugié » le ministère du Commerce qui va justifier une telle situation intenable pour les ménages qui assistent, médusés et impuissants, à l’érosion continuelle de leur pouvoir d’achat. Il est vrai que cette année a été particulièrement exceptionnelle puisque le marché s’est stabilisé dans le haut de l’échelle pour enfin s’enflammer, une journée avant l’Aid. À titre d’illustration, le prix de la viande rouge a atteint, hier, 750 DA le kilo, le poulet a été « cédé » à 350 le kilo. Même topo pour les fruits et légumes, sinon pire. La pomme de terre affichée « nonchalamment » 50 DA le kilo ; la tomate 90 le kilo ; la carotte 50 DA le kilo alors que les haricots verts ont atteint le seuil de 90 DA le kilo. Côté fruits, c’est pratiquement « intouchable ». Un kilo de poires est cédé à 120 DA de même que la banane est affichée au même prix, et les raisins sont annoncés à 100 DA le kg.
Une semaine après la rentrée scolaire… l’Aïd !
Ce baromètre des prix relevé hier au marché couvert du centre-ville de Tizi-Ouzou pourtant réputé pour ses prix relativement abordables par rapport à d’autre points de vente, nous renseigne sur les difficultés que rencontrent les pères de famille pour surmonter ce cercle infernal dans lequel il se sont retrouvés par la « grâce » du « destin » qui a fait coïncider la rentrée scolaire et l’Aïd dans un espace d’une petite semaine. « C’est vraiment dur de s’en sortir. Déjà que la rentrée est intervenue au milieu du mois sacré, que dire alors de l’Aïd qui arrive juste après. Trop de dépenses qui nous affaiblissent et épluchent », nous confie Karim, un jeune père de famille. Cependant, il faut reconnaître que la logique de la consommation « tout azimuts » des citoyens a considérablement pesé dans l’orientation et le cheminement pris par le marché. Les vendeurs partent avec le postulat que la marchandise sera écoulée quel que soit le prix alors pourquoi se priver d’une valeur ajoutée induite par une surtarification. « Vous voyez tous ces produits affichés, comme vous le dites, à des prix exorbitants, faites un tour en ville et revenez. Vous constaterez que les étals seront vides. Nous ne rencontrons aucun problème pour vendre », nous dit un marchant de fruits et légumes au niveau du marché couvert de Tizi-Ouzou.
A. Z.
