Les fruits du terroir n’ont-ils plus la cote ?

Sous les arbres, le sol est parfois jonché de figues sèches non ramassées. Même en bordure des sentiers, des routes, les fruits semblent attendre un hypothétique cueilleur qui se fait attendre.

Cette tendance se confirme d’année en année. Idem pour les figuiers de barbarie qui voient aussi leurs fruits succulents dédaignés peu à peu. Les haies de ce cactus bien de chez nous, ont cette année, donné une production abondante. Et les beaux fruits sous leur protection d’épines (telle une épreuve qu’il impose au consommateur avant la dégustation), virent au rouge brique avant de tomber. Il est connu que le figuier de barbarie d’altitude à des fruits beaucoup plus savoureux que ceux de la plaine et il prospère sur tous les sols même pauvres, pourvu qu’ils soient bien exposés au soleil. Dans les vallons encaissés, près des cours d’eau et des endroits humides, on trouve des grenadiers. C’était une manière pour les fellahs montagnards de tirer profit des espaces écartés et quasi incultes de leurs parcelles. Il y a trois goûts, « Elkarass » au goût fort et pimenté, « le mouz » au bon goût acidulé et le grenadier doux « lahlou », variété la plus recherchée. Jadis, les enfants, habitués au chapardage, les avait tous identifiés et savent même à quelle période ils mûrissaient pour programmer une virée fructueuse.

La désaffection relative de ces fruits a également induit la disparition progressive de l’artisanat qui leur était rattaché. Il en est ainsi des fabrications de paniers traditionnels en osier, roseau ou en bois d’oléastre. Jadis, chaque village avait ses fabricants occasionnels.

Certains s’étaient même fait de cet artisanat utile leur gagne pain, et écument durant toute l’année les bordures d’oueds, de ruisseaux et les forêts pour récolter roseaux et oléastres. Paradoxalement, certains villageois achètent des figues au marché à des prix quasiment inabordables. Même le fruit de cactus, a maintenant sa place dans les étals, entre le raisin et le melon. Au lieu d’entretenir et de cueillir, il semble préférable de débourser !

M. A.