Le bloc opératoire sans réanimateur

La valse ininterrompue des ambulances rentrant ou quittant l’hôpital de jour comme de nuit, ne peut passer inaperçu ; renseignement pris, il s’avère que cette activité de ruche des ambulances est due au ralentissement qui frôle l’arrêt total du bloc opératoire, en raison du manque d’un chirurgien réanimateur et cela, depuis le départ de celui qui avait exercé dans ce service depuis bientôt 06 mois selon nos sources, qui affirment qu’en l’absence de ce spécialiste, aucune opération ne peut être effectuée par les 3 chirurgiens encore en poste et qui se tournent les pouces, hormis quelques menues interventions dites « petites chirurgies ».

Est-il juste d’amputer ce service du seul spécialiste dont dépend le fonctionnement à plein temps ? Sachant que l’hôpital de M’chedallah est situé dans l’un des points les plus névralgiques au niveau de la wilaya de Bouira, soit à proximité du tronçon de la RN 5 le plus meurtrier en matière d’accidents de circulation, à l’échelle nationale et la RN 26, en plus de la couverture sanitaire de l’une des plus importantes daïras, une circonscription avec un relief géographique extrêmement accidenté, doublé d’un climat des plus rudes qui s’installent lors des campagnes de ramassage d’olives où il ne se passe pas un jour, sans que plusieurs citoyens de tout âges et de tout sexes ne soient victimes de chutes du haut des oliviers qui se résultent par de multiples fractures en diverses parties du corps, à commencer par la colonne vertébrale et qui nécessitent des interventions chirurgicales urgentes.

La plupart des victimes de ce genre d’accident ne sont pas transportables et doivent être opérées sur place. Combien de ces accidentés sont morts en cours de route lors de leur évacuation ? De plus, la hantise des ambulanciers et des convoyeurs est le fait de ne pas pouvoir placer leurs malades dans les hôpitaux les plus proches, dotés de blocs opératoires qui sont Bouira et Akbou.

Ces ambulanciers se voient réorientés vers d’autres hôpitaux beaucoup plus loin, soit vers Alger, Tizi Ouzou ou Béjaïa, sans être sûr que le malade soit pris en charge.

Il faut écouter ces ambulanciers raconter le parcours du combattant auquel ils sont soumis pour arriver à faire admettre un malade en dehors de leur circonscription.

Ceux qui veulent vérifier cet état de fait n’ont qu’à demander l’état des évacuations de ces 06 derniers mois effectuées par l’hôpital de M’chedallah à cause du manque d’un réanimateur.

Est-il possible de sous-utiliser un bloc opératoire doté d’un équipement haut de gamme ainsi que toute une équipe de chirurgiens qui ne demandent qu’à se rendre utile au moment où tous les hôpitaux croulent sous le poids de la surcharge et que des malades souffrent ou meurent carrément à cause d’une lointaine programmation pour subir une opération souvent urgente ?

S’agit-il d’une… « pénurie » (une de plus) de réanimateur, d’une négligence ou d’une mauvaise gestion ? C’est aux responsables de ce secteur d’apporter une réponse.

L’affectation d’un anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de M’chedallah pour permettre au bloc opératoire de reprendre du service, et du même coup, diminuer la pression sur les autres hôpitaux est une urgence, une priorité absolue qui ne doit souffrir d’aucun retard.

C’est une question de vie ou de mort pour de nombreux accidentés dont le nombre augmentera sensiblement avec l’arrivée de l’hiver et ses retombées ce sur la circulation routière ; sera pour bientôt aussi, soit dans moins de deux mois, le démarrage de la campagne de l’oléiculture d’où on espère voir ce bloc opératoire fin prêt pour accueillir et prendre en charge les victimes des accidents qui surviennent lors de cette saison agricole.

Les autorités locales sont vivement interpellées pour intervenir et faire le nécessaire. « Pourquoi investir dans l’acquisition d’un appareillage fort coûteux pour le laisser moisir ensuite », s’interrogent les citoyens, le personnel de l’hôpital y compris.

Oulaid Soualah