Les pionniers déçus

« Si nous avons répondu à l’appel lancé au lendemain de la signature des accords du 22 avril 1995, c’est parce que nous avions voulu continuer le combat d’une génération d’hommes et de femmes qui se sont sacrifiés pour que tamazight soit enseigné dans l’école algérienne », telle est la première réaction d’un ex-instituteur ayant enseigné dans le moyen durant quinze ans et de se voir prier de retourner au primaire pour enseigner tamazight certes, mais avec beaucoup de regrets. En effet, selon G. S., notre interlocuteur, ils sont vingt-cinq au total sur le territoire de la wilaya de Tizi Ouzou qui vivent cette situation. « Nous avons fait des séminaires, donné des résultats sur le terrain (les notes obtenues par les élèves en font foi) et nous avons le diplôme de Tanaga qui nous a été remis après notre stage de juillet 1995 », enchaîne cet autre enseignant. Et à un autre de poursuivre : « Nous avons exercé cette fonction durant presque quinze ans. Et nous avons perdu tous nos avantages dans notre corps d’origine. Nos camarades qui sont restés au primaire sont tous actuellement des directeurs d’écoles. Après tous ces sacrifices, voilà notre récompense, aujourd’hui nous sommes appelés à enseigner dans trois, voire quatre écoles situées à des distances différentes les unes des autres », précise un troisième enseignant.

Ces instituteurs regrettent d’être bercés par des promesses. Si ces enseignants vivent cette situation inédite, les chargés d’inspection le sont encore plus. Il y a des inspecteurs qui ont exercé huit ans en sillonnant les villes et villages de la wilaya pour accomplir leur mission de formateur en pédagogie, mais, eux aussi, se voient remerciés et reversés chacun dans son corps d’origine. Les enseignants que nous avons approchés interpellent aussi bien leur tutelle que le Haut Commissariat à l’amazighité, instance directement reliée à la Présidence de la République en vue de se pencher sur ce problème inédit.

Amar Ouramdane