Les deux officiers lui donnèrent deux semaines pour repérer la cible et leur présenter un plan d’exécution de l’attentat. Ce que fît Aâmi Ali après avoir observé le manège d’un groupe de militaires chargés de la surveillance de la résidence de leur officier qui occupait une villa au centre de la ville de Maillot (M’chedallah). Ces militaires se rendent chaque matin au foyer de la caserne située à l’autre extrémité de la ville “Thighilt licoul” (actuel siège APC) pour ramener le petit-déjeuner.
Après un compte-rendu détaillé fait par Aâmi Ali à Abderrahmane Mira, il a été remis à Bounadi Ali un pistolet à barillet, un six coups pour passer à l’action. Aâmi Ali raconte qu’il a testé l’arme en tirant une balle ; celle-ci a fonctionné. C’est donc avec cinq balles dans le chargeur qu’il s’apprêta à exécuter l’opération.
Il commença par pratiquer deux ouvertures dans les fils de fer de barbelés qui clôturaient la ville l’une au nord, la seconde au sud en vue d’une retraite rapide, sachant qu’il ne pourrait jamais franchir les deux postes de contrôles qui seront hautement surveillés après ses coups de feu. Le 20 décembre 1955 à 6 h du matin, il se posta devant l’huilerie appartenant à un colon Troccon pour passer inaperçu en se mêlant aux ouvriers qui y travaillaient. Comme à leur habitude, les trois militaires arrivèrent chargés de gamelles, le fidayï visa celui chargé de l’escorte qui était armé d’une mitraillette.
Brusquement, le récit prit une tournure tragique : le visage du narrateur changea d’expression doublé d’une agitation qu’il n’arrivait pas à maîtriser à l’évocation de cette action.
Il y a de quoi ! Il faut le reconnaître : sur les cinq balles de son arme, les quatre premières étaient rouillées, ce n’est qu’à la cinquième tentative, en appuyant sur la détente tout en poursuivant le soldat qui rampait en hurlant, que la balle partait, l’atteignant à la nuque et le tuant sur le coup.
Dans la précipitation, Aâmi Ali avoue avoir oublié de lui prendre son arme, il réussit, cependant, à se faufiler par l’ouverture sud à proximité de l’hôpital et à rejoindre les moudjahidine qui l’attendaient au village Iwakouren. Etant définitivement engagé dans les rangs de l’ALN, il fût blessé deux fois lors des accrochages avec les militaires français. Sur les cinq balles qui l’ont atteint, il garde encore deux aux flancs en plus de plusieurs cicatrices d’éclats d’obus.
Transféré en 1958 en Tunisie pour soins à l’hôpital du FLN Sediki à Gherdima, il se reconvertit en infirmier, ne pouvant continuer la lutte armée à cause de ses blessures, il exerça après sa guérison au même hôpital en qualité toujours d’infirmier sous les ordres des docteurs Tidjani Heddam et Bachir Mentouri, en plus des activités au CTTC (transmissions), jusqu’à 1961. Il fut ensuite affecté en Allemagne pour ne rentrer en Algérie qu’à l’indépendance, en 1962.
Oulaid Soualah
