Celui qui croit que l’animation à la grande plage de Tigzirt n’existe que sous les rayons du soleil se trompe. Bien qu’une vivacité à la hauteur de la saison est omniprésente durant la journée, un autre décor de fête et d’ambiance s’installe dès la tombée de la nuit. Cette nouvelle couleur d’animation estivale a pris naissance depuis deux ans. De nos jours, elle est devenue un mode d’emploi qui suscite de plus en plus d’adhésion. En effet, devant le laxisme, la passivité et l’esprit du moindre effort qui caractérisent cette ville, à l’exemple d’absence totale de programme d’animation artistique, ce sont les commerçants saisonniers de la plage qui ont su, à leur manière, faire naître un genre d’animation nocturne original. Dès la tombée de la nuit, le sable de la plage est occupé par des tables soigneusement placées par ces restaurateurs. La plage prend une autre couleur. Des projecteurs sont allumés, des techniciens commencent à régler un DJ, d’autres s’affairent à d’autres préparatifs. Il est 21 heures. Amar et son groupe viennent de terminer leur match de foot sur le sable. Il fait nuit, mais sous le feu des projecteurs projetés dans l’eau, Amar et ses amis se donnent à une ultime partie de plongeons et de baignade. En leur demandant pourquoi ces préparatifs entrepris par les commerçants : »Tu verras, dans quelques heures la plage sera noire de monde, et la fête nocturne va commencer. D’ailleurs, nous, nous allons revenir pour la soirée », nous répond un jeune parmi ce groupe d’amis. Interrogé, un propriétaire d’un restaurant nous répond : « La vraie journée de travail commence dès la tombée de la nuit. L’essentiel de notre chiffre d’affaires se réalise durant cette partie de temps », nous explique-t-il. En effet, vers 22 heures, les premiers groupes de familles arrivent. La plage est illuminée sous les feux des projecteurs, et de la musique à hauts décibels est diffusée dans trois parties différentes le long de la plage. A mesure que la nuit avancent l’animation augmente. On danse, on s’attable, on chante. Tous les genres de musique sont diffusés : Du kabyle, rai, rap, occidental etc… C’est la fiesta nocturne, dont les initiateurs ne sont que de simples commerçant saisonniers. La plage est noire de monde. Tout le monde trouve son compte. Tous les produits, de la glace, à la boisson, jusqu’au sandwich s’écoulent facilement, malgré que les prix sont multipliés par deux. La sécurité des présents est assurée par les initiateurs eux-mêmes et par une présence discrète des services de sécurité. Les organisateurs de ces nuits folles gagnent chaque jour plus de confiance et de plus en plus de familles, jusque là réservées et prudentes, s’invitent à ces soirées de fête, de distraction et d’évasion. « On ne peut pas demander plus. Il y a la fête, le sable, la fraîcheur, la mer et l’ambiance », nous dit un jeune présent pour la première fois et qui semble avoir été fasciné et ravi par cette soirée. Il est minuit passé. Beaucoup de familles commencent à rentrer chez eux, tandis que d’autres continuent leur soirée, et ça sera jusqu’au petit matin. Désormais, si ailleurs, la nuit invite au sommeil, à Tigzrit on se réveille. Et l’initiative, évidemment n’est pas celle des responsable censés donner de l’animation à cette ville, mais elle est celle de simples commerçants qui ont su faire changer et bouger les choses, avec des moyens de fortune.
Mourad Hammami
