La nuit est sacrée à Fès

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C’est une ville presque déserte que nous découvrons en parcourant la vieille médina, laquelle la veille, pendant la nuit, était complètement bondée. Où sont passés les milliers de touristes que nous avons aperçus. Etait-ce un rêve ? Non, nous dira Moha, le serveur du café où nous nous sommes attablés pour prendre notre petit déjeuner. Tout simplement, pendant la journée, il fait très chaud, ici. Les touristes s’éclipsent dans leur chambres d’hôtel. Ce n’est qu’en fin de journée qu’ils reprennent goût à la vie avec les randonnées nocturnes. Ici, la nuit est sacrée nous dit Moha. Nous nous rappelons du problème de pénurie de chambres d’hôtel et nous nous mîmes immédiatement à la recherche. Bien qu’on soit à la première heure du jour, impossible d’en trouver. Tous les hôtels sont complets. Déjà ! « En été, c’est toujours comme ça, même les prix des chambres doublent car la demande est très forte », nous explique le réceptionniste d’un hôtel se trouvant à l’entrée de la médina Kdima.

M’rahba pour le frère algérien Il a fallu à ce réceptionniste de savoir que nous sommes Algériens pour enfin accepter de nous donner une chambre avec même une remise. « M’rahba à notre frère d’Algérie », ajoute-il. Il nous retient plus d’une demi-heure, à nous demander toutes sortes d’informations sur notre pays. A la fin, il dira que dès que les frontières seront ouvertes, il viendra visiter l’Algérie. La pénurie de chambres est telle que des matelas sont installés sur la terrasse de l’établissement. Un couple de Français qui visite le Maroc pour la troisième fois, confie qu’à chaque fois qu’ils viennent, le problème de l’hébergement se pose. Mais, disent ils, à Tanger c’est pire, car en plus des touristes étrangers, il y a aussi les vacanciers de l’intérieur du Maroc qui passent leur congé au bord de mer.

Un joyau serti de senteurs et de couleursFès est l’une des villes les plus visitées du Maroc. Ici, certains pensent que c’est la plus convoitée après Marrakech. Pour attirer encore danvantage les touristes, plusieurs guides sont proposés aux aéroports et dans les gares de trains. Dans l’un d’eux, il est noté au sujet de Fès: « Ville sainte au rayonnement infini, joyau de la civilisation hispano-arabe, Fès ne se livre pas au premier venu. Secrète, toute en demi-teintes il faut la découvrir peu à peu, avec respect. Ainsi seulement les médersas vous dévoileront leurs splendeurs. Et vous pourrez alors céder à l’appel de la médina. Vibrante d’activité avec ses artisans et ses marchands. Enivrante de bruits, d’odeurs et de couleurs, dans le tourbillon perpétuel d’une foule toujours plus dense. » La médina se trouve à environ quinze minutes de trajet par bus de la ville moderne. On peut s’ y rendre en payant tout juste 2.50 dirhams. Dans la Médina, on distingue un ensemble de ruelles en pente. Celles-ci sont tortueuses. Des centaines d’échoppes sont à visiter. Ce site s’appelle la Kissaria, le centre de commerce. Un véritable labyrinthe où se vendent les produits locaux : cotonnades, soieries, brocarts, babouches, etc….Le spectacle des artisans du souk El Attarine est ininterrompu. Cet artisanat est régi par des corporations ancestrales, ce qui en fait l’une des richesses de la ville. Chaque quartier a sa propre spécialité : poterie émaillée de bleu de cobalt, de tapis, de fer forgé… Exemple : le teinturier brasse les laines multicolores, le tanneur piétine à ciel ouvert les peaux que le maroquinier embellira de fines dorures pour la reliure des livres.

Palais par-ci, présence littéraire par-làEn sortant des souks par la porte Boujeloud, au décor de faïence vert et bleu, se découvrent les richesses de l’exceptionnel Musée d’Art marocain. Dernier joyau : “Le Palais Jamaï, transformé en hôtel de luxe en 1930 et qui est un édifice d’une élégance incomparable, réputé pour la qualité de sa table”. Quand la nuit tombe, cette médina est envahie par des milliers d’étrangers qui éprouvent un immense plaisir à flaner et surtout à s’attabler sur les centaines de restaurants et de cafétérias qui s’ y trouvent. C’est incroyable comme cette médina a pu se moderniser sans perdre d’un iota son aspect traditionnel. Toutes les bâtisses qui s ‘ y trouvent ont été construites avant le VIIIe siècle. En dépit de cela, on y trouve des cybercafés, des kiosques de téléphones, des restaurants chics, des hôtels propres… Quant à la nouvelle ville, elle est constituée comme toutes les autres de deux grands boulevards portant les noms de Hassan II et de Mohammed V. Durant la journée, la ville n’est guère peuplée. Les allées étant très larges (le boulevard Hassan II est d’une largeur impressionnante), les gens ont la latitude de circuler avec une grande aisance. Des arbres ornent les différentes ruelles de la ville d’une propreté impeccable. Au boulevard Hassan II, on ne trouve pas plusieurs commerces, à peine quelques cafétérias avec terrasses et des buralistes vendant un nombre impressionnant de journaux et de revues du monde entier et enfin, au bout du boulevard, un Mc-Donald. Les quelques librairies existant à Fès sont sises au boulevard Mohamed V mais elles ne sont pas vraiment achalandées. Les romans des auteurs marocains sont, bien entendu, mis en valeur comme Tahar Ben Jelloun, dont Fès est la ville natale, Driss Chraïbi et Mohamed Kheir-eddine. Mohamed Choukri est présent, mais timidement.

A. M.

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