La longue attente de l’égorgeur du mouton

La fête de l’Aïd El Adha a été célébrée gaiement à travers tout le territoire du pays. A l’instar, donc de tous les Algériens, les Béjaouis n’ont pas dérogé à la règle. Tôt dans la matinée du premier jour de fête, les centres urbains étaient envahis par les pratiquants venus faire leur prière de l’Aïd. La prière terminée et dès leur sortie de la mosquée, le coup de starter est donné pour que tous procèdent à l’égorgement du mouton. C’est assurément le moment le plus important de la fête de l’Aïd El Adha. Si auparavant, l’abattage des moutons se faisait en entraide entre parents et voisins, aujourd’hui, par rapport au nombre important des populations, c’est pratiquement « chacun pour soi et Dieu pour tous » comme le dit l’adage. Pour parer à cela et surtout éviter que les citoyens égorgent des moutons atteints par une maladie quelconque, impropres donc à la consommation, les communes sont venues à la rescousse en procédant à l’ouverture des abattoirs et cette initiative a réglé le problème à beaucoup de gens mais pas à tous. Oui, effectivement, il y a ceux qui ne peuvent se déplacer jusqu’à l’abattoir, ne peuvent de surcroît « s’occuper » de leur mouton seuls, ces derniers font appel aux bouchers et autres égorgeurs professionnels pour s’acquitter de la tâche moyennant une contrepartie financière. Bien entendu, « ces tueurs professionnels » abattent, en général, une dizaine de moutons si ce n’est plus en cette matinée du premier jour de l’Aïd. Et c’est là, que commence la longue attente des uns et l’impatience des autres. « Habituellement, c’est moi qui égorge mon mouton mais depuis que j’ai ce mal de dos je ne pouvais plus le faire. Cette fois, j’ai fait appel à un jeune égorgeur qui m’a laissé poireauter jusqu’à midi moins quart et ne le voyant pas venir, je l’ai fait tout seul malgré tout », dira Mahmoud, un père de famille de la commune de Melbou. Mahmoud n’est probablement pas le seul à avoir supporté le diktat de ces spécialistes car lui, au moins il s’est débrouillé seul et il y a d’autres, dans la même situation que lui, qui étaient obligés de faire la tournée des voisins pour solliciter leur aide. Serait-ce déjà une corvée, le fait de vouloir perpétuer le sacrifice d’Abraham ? Bien entendu, la solution réside dans l’acheminement du mouton vers l’abattoir et encore une fois, les communes sont sollicitées pour assurer le transport du bétail aux gens non véhiculés. C’est cela un régime socialiste…. Non ?

A. Gana