Dans toutes les contrées de Bgayet, des tripotées d’enfants souffrent en silence des affres de la pauvreté, de la maltraitance et d’une exploitation qui ne dit pas son nom.
La misère sociale aidant, de nombreux pères de familles pris entre le marteau et l’enclume, se voient contraints de faire travailler leur progéniture pour pouvoir faire face aux aléas de la vie.
Cette exploitation “économique” prohibée par la loi et réprouvée par la morale, n’est pas sans incidences délétères sur l’épanouissement tant physique que mental de l’enfant.
Dans bien des cas, ils quittent les bancs de l’école à un âge précoce, pour échouer dans les secteurs tertiaires où ils s’improvisent colporteurs, garçons de café ou vendeurs de menus fretin. “Il y a toujours des employeurs indélicats qui trouvent en ces jeunes une occasion inespérée pour rentabiliser leurs affaires à moindre frais”, s’indigne un enseignant du secondaire.
“Toute honte bue, ils les vouent, contre une poignée de sous aux tâches les plus ingrates”, témoigne-t-il.
L’esprit embué, les joues rouges de fatigue, Nabil, 16 ans, traîne un corps frêle et las du poids de la souffrance. Il nous confie son infortune : “Je ne vais plus à l’école depuis deux ans déjà. Quand on est enfant de pauvre, on n’a pas droit à l’éducation ni à l’instruction. Mon père retraité de son état et avec une nombreuse famille à nourrir, m’a enjoint de laisser tomber les études pour lui prêter main forte”.
Des paroles à la fois pathétiques et lourdes de sens, qui ont au moins le mérite de mettre à nu toute l’étendue de la souffrance endurée par ces enfants adultes.
“On oublie trop souvent que les enfants sont juridiquement protégés, à l’exemple de la loi fondamentale algérienne qui stipule en son article n°53 que l’enseignement est obligatoire”, rappelle un magistrat d’Akbou.
Pour sa part, la convention des droits de l’enfant garantit “l’éducation sur la base de l’égalité des chances”. Une belle phraséologie sèchement démentie par la réalité amère du terrain. Il y a lieu de signaler, en outre, que la convention international des droits de l’enfant ratifiée par notre pays, n’a aucune incidence tangible sur le sort de ces mineurs. Il reste que les dures conditions dans lesquelles vivent ces enfants n’ont pas altéré l’innocence que chacun d’eux porte en lui. Si l’accès à une vie digne leur est refusée, nul ne pourra par contre les empêcher de… rêver de lendemains meilleurs.
N. Maouche
