Ce nouveau luxe s’appelle friperie

Au marché très lucratif de l’habillement, la friperie est une reine difficile à détrôner. A Sidi Aïch et ses proches environs, ce créneau n’est plus une mode éphémère mais une « industrie » à part entière, avec ses codes et ses consommateurs. Si bien qu’elle était mal vue à ses débuts, il y a plus d’une décade déjà. Considérée comme un marché pouilleux et humiliant, abandonnée aux seules maigres bourses, elle est devenue depuis peu très fréquentable pour le commun des mortels, qu’ils soient pauvres ou bien portant financièrement.

Sur le terrain, depuis des années, des boutiques ouvrent leurs portes ça et là, que ce soit au centre-ville ou bien au fin fond des quartiers populaires, sans omettre le marché du centre-ville qui offre un large éventail de choix, jusqu’à devenir un carrefour obligé pour de nombreuses personnes et autres chasseurs d’occases. « Chaque fin de journée, je passe ici, je fouille et parfois je mets la main sur une merveille », confie un client, un cartable à la main. « Il y a deux semaines, c’est ici même que je me suis offert ce blouson en cuir pour pas cher ». Il croise le regard du vendeur qui lui rend un sourire entendu et ajoute : « à 1 500 DA ». Ce qui est fort répandu, c’est la traditionnelle venue des pères de familles en compagnie de leurs progénitures, qui est en constante augmentation. Un vendeur : « Ils viennent surtout le week-end et les jours fériés. Les plus avertis arrivent dès six heures du matin, à l’ouverture du marché. Ici, ils trouvent bien leurs comptes. Nos habits sont cédés à des prix très abordables et en bien des cas, ils sont presque neufs. Je vais vous confier quelque chose, durant la saison estivale, même les émigrés reconnaissables à leur accent et manières rôdent par ici. Mais eux, ils sont un peu exigeants et jamais satisfaits, en dehors d’une marque tape à l’œil. Quand quelqu’un trouve un article à son goût, il le fait passer au dégraissage et finalement il l’étrenne sur les épaules chichement quelque part là-bas ! ».

D’aucuns s’accordent à avouer que ce créneau bon marché rend moult services à nos concitoyens dont les épaules ploient davantage à chaque fin de mois, au point de déboulonner bien des sacrements.

Longtemps exclues, les dames prennent leur courage et leurs bourses en main et amorcent un virage à cent quatre-vingt degrés car, phénomène ou pas, elles sont de plus en plus nombreuses à se rendre assidûment vers ces boutiques d’un genre particulier, qui pour une jupe, qui pour un sous-vêtement ou des bottes à talons. « Et surtout, les articles à soie », précise une vendeuse qui tient les clés des lieux depuis trois ans. A ce rythme et contrairement aux autres secteurs affaiblis par une impérieuse inflation, la friperie qui gagne du terrain chaque jour que Dieu fait, montre des signes de bonne santé et peut se targuer d’être l’unique créneau suffisamment capable d’inoculer un air d’optimisme dans l’esprit des citoyens et cela semble parti pour bien longtemps. Tant mieux.

Tarik Djerroud