Une véritable prouesse artistique réussie par le roi de la chanson sentimentale, Farid Ferragui, en cette fin d’après-midi de vendredi. Une véritable prouesse pour plusieurs raisons : d’abord, les observateurs et les connaisseurs en la matière conseillent d’éviter l’organisation de spectacles en fin d’année car les gens ont d’autres chats à fouetter, puis connaissant le vide qui sévit pendant les week-ends à Tizi Ouzou qui revêt les caractéristiques d’une ville fantôme. Il n’est pas donné au premier venu de remplir une salle, grande comme celle de la Maison de la culture de Dda El Mouloud N’at Mammar. Farid Ferragui, l’ami du public, le consolateur des cœurs et des esprits ; au contraire, à voir la grande salle de la Maison de la culture de Tizi Ouzou pleine comme un œuf, l’on se rend vite compte que la cote de Farid demeure ascendante. Femmes, hommes, vieux, vieilles, jeunes et moins jeunes sont venus des fois de loin pour écouter et goûter aux délices des mélodies sentimentales de Farid Ferragui, l’auteur de la célèbre chanson « La plaine de l’amour » (Agouni n’tayri) en kabyle bien de chez nous.
Avant la rentrée de Farid sur scène
C’est l’honorable poète des Ouacifs, en l’occurrence Slimane Belharet qui a eu à présenter poétiquement l’artiste, le qualifiant de roi de la chanson sentimentale kabyle, longuement applaudi par les nombreux présents, signe évidemment de satisfaction et de consentement unanime. Puis vint la douce Lynda, la fille du chanteur, qui a eu elle aussi à présenter son papa dans un kabyle parfait et avec des mots pleins de sens, d’innocence et de douceur. Farid Ferragui, en frère de tous les jeunes artistes a jugé bon de donner l’occasion aux débutants d’affirmer leurs talents et de travailler leurs dons. C’est ainsi qu’avant l’intervention de la jeune Lynda Ferragui, c’était le groupe « Izen zaen » qui a ouvert le concert en interprétant une très belle chanson intitulée « Assefrou » qui traite surtout des droits de l’homme de la démocratie, de l’intégrisme et de la dictature qui empêche l’épanouissement de l’Algérie et de la Kabylie en particulier. Izenzaren (rayons du soleil), un groupe qui s’en est plutôt bien sorti et qui aura sûrement une belle place sur la scène artistique, un nom à retenir vraiment. Puis ce fut autour de Saïd Boudiaf d’interpréter une chanson d’amour dans un style proche de celui de Ferragui. Ovationné à son tour par le nombreux public qui a visiblement hâte de retrouver le maître.
Ferragui sur scène, une osmose
Quinze heures tapantes, fidèle à lui-même, le roi est de nouveau sur scène. Farid qui n’a rien perdu de son statut de montagnard, adulé, et simple à la fois apparaît vêtu d’un jean, chemise blanche, et sprints blanches, un homme qui incarne le respect et l’amour dans toute sa noblesse. Toute la salle se lève pour accueillir convenablement le porte-étendard des cœurs et des sentiments les plus nobles. Des applaudissements accompagnés par des youyous à vous faire sursauter tellement, ils venaient droit des cœurs des nombreuses femmes présentes. Dès les premières notes, du luth, dès les premiers raisonnances de l’angélique à la voix chaude de Farid, la salle plonge dans un silence total, pour ne pas dire de mort, on pouvait très bien entendre les mouches voler, pour reprendre une expression populaire. D’une voix chargée de sincérité, d’émotion et d’amour, Ferragui telle une vraie machine à remonter le temps a pu renvoyer les plus âgés au fin fond de leur jeunesse et de leur première relation amoureuse. La nostalgie des années lointaines refait surface et il n’est nul besoin d’être un fin connaisseur pour le découvrir car les visages des présents le montraient si bien il suffisait de décoder seulement. Cette première chanson « Tara miyid ghartayri », envoûtante et ensorcelante par la puissance des notes musicales et la profonde sémantique de ces mots qui vont tout droit au cœur, ont permis au chanteur de capter les cœurs et calmer les esprits de bien des générations. Le public, lui, a renoué en un laps de temps avec ces vieux souvenirs et aux plus jeunes l’occasion de nouer contact avec une chanson de haut niveau, loin du tintamarre que font certains, leur est gracieusement offerte. Enchaînant avec Adezi tafsout, Tazzedjigt ntamziw et awin iznuzoun el djawi, Farid a accompli un vrai miracle. Qui peut bien mieux que Ferragui bercer et subjuguer par seulement un luth, un bendir, une derbouka et une voix enduite de chaleur humaine, de sincérité et d’amitié partagée. Farid est unique en son genre. Un mélomane hors pair, un parolier hors normes.
Le chanteur-poète emmena bien loin dans le monde féérique de l’amour toute l’assistance d’ailleurs, les soupirs des uns et le silence des autres en sont une preuve formelle.
Farid rompt avec le calme
Etant un artiste averti, Ferragui savait que dans la salle, il y avait des jeunes fougueux et énergiques qui aimeraient tout simplement se défouler. Il leur donna l’occasion de mouiller leur tricot.
Deux chansons rythmées furent magistralement interprétées. Il s’agit de Adhzawdjagh et de Tudar nelhif, cette dernière chanson « Les villages de la misère » est surtout un hommage aux martyrs de l’Algérie et spécialement aux enfants du Printemps noir, puisque le nom de Massinissa est revenu plusieurs fois, appelant à poursuivre le combat pour que vive l’Algérie et la Kabylie. Farid n’a pas omis de rappeler qu’ »il ne faut jamais oublier ceux et celles qui ont donné leur vie pour ce pays ».
L’ambiance baisse et Farid reprend de plus belle
Comme pour permettre aux danseurs de retrouver leur souffle, Farid choisit de chanter « La plaine de l’amour » (Agouni ntayri), recréant de nouveau le rêve, le sentiment et la mélancolie, titillant de nouveau les cœurs attendris et les cœurs déçus par cette voix unique en son genre et les notes musicales du luth qui justement constituent une thérapie efficace aux chagrins relatifs à la vie sentimentale et sociale. Dans sa lancée, le chanteur a puisé plein de belles chansons de son riche répertoire faisant le bonheur et la joie des centaines de fans qui ont fait le déplacement pour le voir. Il faut reconnaître que la star de la chanson sentimentale kabyle a tout fait pour procurer à tous les présents du bonheur et beaucoup de joie. En homme simple et en artiste qui n’a guère à faire ses preuves, il a répondu par l’affirmative à toute les demandes et à tous les caprices émanant de ces fans. Ces fans qu’il considère comme ses amis. Il faut signaler aussi que le public le lui rend bien. L’amitié et le respect qui lient l’artiste avec son public sont partis pour durer dans le temps.
Hocine Taïb
