De notre envoyé spécial à Paris, Djaffar Chilab
Il était dit que ça allait être grandiose, et qu’au moins Allaoua allait refaire à ses fans le coup de 2009. Eh bien, ce fut un pari tenu. Il a remis ça : se produire à guichets fermés au Zénith de Paris… Ce n’est pas donné à tout le monde de le faire. Et, il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas du tout évident pour Allaoua, jeune artiste qui, parti des contrées kabyles, décidément, aujourd’hui, passe pour un phénomène qui emballe jeunes et adultes. Une sacrée performance ! Vraiment difficile à égaler. Pas plus loin que samedi dernier, un spécial Maroc était prévu dans cette même salle avec une dizaine d’artistes à l’affiche ! Mais on était vraiment loin d’une telle affluence. Dimanche, l’exception Allaoua s’est reproduite. Lotfi Double Kanon, le célèbre rappeur algérien invité à faire un petit passage a paru franchement petit devant l’aura du maître des lieux. Elle était quand même bizarre cette scène ou Lotfi se faufilait entre les grandes caisses du matériel sonore entassées derrière l’orchestre avec un caméscope à la main, tel ce jeune garçon qui tente de voler ces impressionnantes images d’une idole face à une foule en délire. Dans les coulisses, Kamel Hamadi était aussi passé dire bonjour. Il y avait également d’autres artistes tels Moh Amichi, Oujrih, des figures (acteurs) qu’on a l’habitude de voir sur les écrans de la télévision algérienne… Rachid Kaci, le kabyle conseiller de Sarkozy, promu depuis peu sous-préfet à la préfecture de La Marne dans la région Champagne-Ardenne, a tenu aussi à faire un saut dans la loge de Allaoua avant le début du spectacle. Il a pointé avec sa famille au complet pour le saluer. En fait, pour les deux hommes c’était les retrouvailles puisque Rachid était venu aussi en 2009. M. Saâdi, P-DG de Berbère Télévision, était également là. Il y avait de la fierté sur son visage. Et il y avait de quoi pour l’avoir. C’est beaucoup grâce à lui que l’évènement est réussi. En fait, les jalons de la réussite, c’est lui qui les avait jetés déjà en 2009 en réussissant par son influence sur la scène médiatique et artistique française à réunir Allaoua, Sinik, Idir… Comme il n’est pas étranger au rapprochement des Kenza Farah, ou encore Rim K, une pléiade de stars sur le sol français qui affichent désormais avec beaucoup de fierté leurs origines amazighes. Pour la petite histoire Rim K s’est amené dimanche avec le fameux drapeau berbère, jaune, vert et bleu flanqué du sigle Amazigh en rouge. Ca ne laisse pas indifférent ce genre d’images. Sinik l’avait fait en 2009 alors qu’il était venu partager la scène à ce même Allaoua. ça se voyait tout de suite : lors des deux Zénith, que ce soit le premier organisé par BRTV ou ce dernier organisé par Méga Net en partenariat avec le média, ce n’était pas que du folklore… Mais aussi cette fierté d’affirmer la fierté kabyle à la face du monde en plein Paris ! Ya boureb ! Les Kabyles ont vraiment soif de crier leur existence. Et quand on voit les réussites de tel ou tel frère de sang, ça les révolte de joie, de fierté…beaucoup de fierté ! Dans ce registre on ne peut qu’avoir une pensée aux Zidane, Idjerouidene, le propriétaire de la compagnie aérienne Aigle Azur entre autres… Voilà des symboles de réussite, d’une avancée éclatante qui incitent à faire la fête.
Le phénomène Allaoua encore et toujours
Celle d’avant-hier au Zénith fut en tout cas totale, même si la première artiste à se produire en ouverture du spectacle, Taous Arhab, a dû faire avec une sono pas tout à fait au point. Les techniciens se sont pour autant vite rattrapés pour laisser place à un grand plaisir à partager, à savourer un spectacle haut de gamme. L’apparition de Allaoua a mis la salle, pleine comme un œuf, dans un délire total. On l’acclame, on crie son nom, on lève les mains, les drapeaux, on pousse des youyous, le tout sous des décibels raisonnant de rythmes Gnawi. C’était le choix de Allaoua d’entamer sa représentation avec ce tube de son dernier CD. Puis il enchaîne, d’un titre à un autre devant deux écrans géants et un ballet de danse exclusivement féminin qui ajoutaient bien de l’éclat au tableau. Il fera du public ce qu’il veut avec tantôt des rythmes accélérés, tantôt plus au moins speed, comme lorsqu’il entonnait Linda. Que c’était beau de voir la salle reprendre la chanson d’une seule voix. Un vrai jeu de récitation en chœur comme en font des élèves de primaire… Si ça ne tenait qu’à cet examen, les présents auront sans doute tous décrochés leur bac… Allaoua passera en revue une bonne brochette de ses différents succès cumulés à travers sa jeune carrière. Dans la foule, la liesse a été ininterrompue du début jusqu’à la fin. Les Dehak, Médani, le groupe Tighri et les autres venus partager lui le spectacle en profiteront presque autant que ce public qui en demandait toujours plus. En fin de représentation, ils ont d’ailleurs tous rejoint Allaoua pour reprendre avec lui Assed Ar Guri qu’il jouait pour la seconde fois durant ce concert. C’était chaud, beau, emballant… Les visages débordaient de plaisir ! Ceux qui y étaient en ont bien profité, pour ne pas dire jouit.
D.C.
