Situé à six kilomètres plus loin du centre de Tibane, à une altitude de 1 035 mètres au-dessus de la mer, Aguelmime Kikker se veut un large balcon surplombant toute la vallée de la Soummam.
Au milieu d’une nature luxuriante, entourée par la forêt d’Akfadou, où le soleil est constamment généreux, l’air est pur, l’eau est douce et le ciel d’un bleu azuréen, un immense lac figure comme un grain de beauté cerné par de grandes étendues de prairies au charme bucolique.
Jadis, des générations de campeurs venaient y planter leurs tentes avec la certitude de passer un séjour paisible et surtout mémorable. Au fil des vacances, les promenades équestres et pédestres étaient légions pour des familles venant des quatre régions de Bgayet, accoutumées à des jours de farniente peu coûteux. Mais, le terrorisme était passé par là, et donné le coup de grâce à une « culture touristique », pourtant éminemment lucrative à plus d’un titre. Dans l’optique de redonner vie à la région et au secteur du tourisme de montagne jusqu’ici fortement négligé, l’APC de Tibane à laquelle appartient le site, retrousse les manches et prend les devants avec la ferme intention d’aller jusqu’au bout.
Depuis quelques mois déjà, les travaux avancent au rythme des coups de pelleteuses qui nivellent le terrain de football déjà en place, pour le transformer en un stade avec toutes les commodités modernes : un terrain aux normes homologuées, des gradins pouvant accueillir plus de 500 spectateurs, une piste d’athlétisme et une large aire qui sera réservée au lancer de poids. Mais pas uniquement, le projet est d’envergure. Si le stade représente le cœur de l’ouvrage dont le coût total avoisinera les 42 millions de dinars, les constructions aux alentours ne sont pas de moindre importance.
Deux terrains combinés, des salles de sports couvertes et un boulodrome viendront compléter le volet à connotation purement sportive du projet.
« Le lac ne doit pas être négligé, il est notre nombril. C’est autour de cette précieuse réserve pleine même en été que s’articulera l’autre volet du projet, précise M. Attouche, le P/APC de Tibane sous le regard attentionné de ses collaborateurs. L’aménagement du lac nous permettra de dégager des quais à barques, une piste piétonne et à vélos parsemée de bancs publics et surtout des commerces à usages multiples mais qui seront avant tout de nature à donner au visiteur la sensation d’entière quiétude : cafétéria, restaurant, bureau tabac et kiosque à journaux, sans oublier d’autres services qui viendront à temps ».
Lorsque le P/APC laisse tomber le plan du projet sur son bureau, une question nous vient rapidement à l’esprit. N’est-ce pas mégalo, ce projet au coût faramineux ? M. Attouche sourit d’aise : « Moi, mégalo ! Mais pas du tout. Tikjda, c’est mégalo ? Tichy, c’est mégalo ? Sidi Fredj, c’est mégalo ? Et Dubaï, c’est mégalo? Avoir en tête l’idée d’un sanatorium sur les hauteurs de Semaoune par exemple, c’est mégalo ? Je ne crois pas. Je suis élu pour m’investir dans la défense des intérêts de ma région et de promouvoir ses atouts.
Cela fait des années que je me demande pourquoi nos athlètes et équipes de football s’en vont à l’étranger pour préparer les compétitions auxquelles ils s’engagent à longueur d’année, mais qu’est-ce qui nous manque ? C’est justement ce genre d’infrastructures. Et c’est ça, le développement durable ! ». Tirant longuement sur sa cigarette, L’mir n Dhivane ajoute à la liste une auberge de jeunes au style raffiné avec une salle de conférence moderne, une aire de jeux pour enfants, des esplanades, un large parking, un espace vert traité en pente aux côtés d’un dégagement en pavés, sans oublier des toilettes publiques. Au cours de l’énumération de ces constructions pour le moins intéressantes, nous avons apostrophé l’instigateur du projet sur les moyens de financement de ce mégaprojet. Là, il répond avec une célérité et une sincérité sans fard : « La mairie de Tibane n’ a pas d’argent. Mais, on fait des sacrifices, c’est dans l’enveloppe des PCD qu’on vole « chouia chouia » chaque année et petit à petit, on espère construire notre nid ! Ce que je peux vous ajouter, c’est que j’ose espérer une visite du wali de Bgayet sur les lieux et que la wilaya, l’APW et la daïra de Chemini viennent s’impliquer dans ce projet d’intérêt commun qui est à même de sortir notre région de la panade qu’elle endure. Aussi, j’ose espérer inscrire le projet dans le cadre du PPDR (Plan pour le développement rural). Nos aïeux ont lutté pour libérer le pays des ténèbres du colonialisme, nos villages constituent le musée à ciel ouvert, nos montagnes regorgent de talents et de richesses, à nous de les fructifier pour en faire un paradis ! ».
Pour l’heure, les travaux continuent avec comme seul guide des espoirs inébranlables.
Et s’il est trop tôt pour donner une estimation financière au projet et une date précise pour l’achèvement des travaux à part entière, une chose est quasi certaine ; bientôt, Aguelmime Kikker générera une centaine de postes d’emploi et sera une destination touristique de choix. Comme au bon vieux temps, conclut le P/APC de Tibane, le sourire aux lèvres.
Tarik Djerroud
