Raymondo Lullo, le docteur “illuminé”

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Le dictionnaire “Larousse” de 1989 présente Raymond Lulle comme “théologien et écrivain espagnol, né à Palma de Majorque en 1235 et décédé à Bougie ou Palma en 1315. D’un savoir encyclopédique, il a écrit en latin, en catalan et en arabe, de nombreux ouvrages de philosophie, de théologie, de mystique et d’alchimie”. En fait, Lulle effectua de nombreux voyages à Béjaia où il étudia les mathématiques, vers 1280. Un autre voyage en Berbérie, devait débuter en 1292, mais craignant pour sa vie, Lulle reporta son voyage à plusieurs reprises. Dans son livre “Histoire de l’alchimie en Espagne”, traduit de l’espagnol par Vieillard-Baron, l’auteur explique les raisons de cette peur : “Ne perdons pas de vue que la conversion de Raymond était liée à l’intention “de mettre sa vie en danger de mort”. Expression déjà en soi assez ambiguë. Il ne s’agit pas d’aller au martyre, mais de s’en approcher. Certes, on peut interpréter cela comme l’attitude du chevalier partant en combat singulier pour faire triompher sa cause. Cela ne signifie pas que le chevalier cherche la mort, mais qu’il s’y expose. Cependant, il faut reconnaître que Lulle avait une idée très claire de ce qu’il devait faire en terre musulmane pour que son témoignage aille jusqu’à la limite nécessaire. Et cela l’effraya…”. Donc, c’est vers 1307 que son séjour sera historique. Les relations avec Majorque étaient au beau fixe et les traités signés quelques années auparavant en vigueur. Le milieu intellectuel était dominé par le malékisme et le soufisme en plein développement. Cet environnement permettra a Lulle d’initier une discussion méthodique, connue sous le nom de “Disputation” ou dispute, avec les savants musulmans. Les travaux de Lulle n’ont pu être rédigés dans leur intégralité, car il avait perdu plusieurs manuscrits lorsque le bateau qui le ramenait à Pise a fait naufrage. Et ce n’est qu’en 1309 que fut rédigé le résumé de cette “dispute”, destiné au Pape d’Avignon pour servir de base à un projet de missionnaire et de croisade. Raymond Lulle a été influencé par le grand savant Ibn Sab’in, grand philosophe et soufi, âgé alors d’une vingtaine d’années et connu pour avoir répondu aux “questions Siciliennes” adressées par l’empereur Frederick II de Hohenstaufen au sultan almohade Abd El-Wahid Al-Rashid. L’influence de Lulle apparaît dans l’intégration des principaux éléments de la logique du “Budd Al Arif”, un ouvrage rédigé par Ibn Sab’in sur ce qu’il a intitulé “La nouvelle logique”.Par ailleurs, la ville étant portuaire, le trafic maritime ne laissa pas indifférent Lulle qui dans un bon nombre de ses ouvrages traita des procédés scientifiques et techniques chez les marins et les mathématicienx. A ce sujet, il a exposé la méthode de calcul par les marins pour définir la différence entre la course effective d’un navire et son déplacement en temps réel.Faut-il le signaler, Lulle a connu des déboires à Béjaia. Ces derniers ont commencé, selon le témoignage rédigé en 1311 par l’un des ses disciples, “lorsqu’il a clamé sur la grande place de Bougie que la loi chrétienne est la seule vraie loi, sainte, unique et agréable à Dieu. La loi de Mohamed est erronée et je suis prêt à le démontrer”.C’est vers 1315 que décede Raymond Lulle, fondateur de la philosophie Lullienne. Selon une légende, ce philosophe s’est retiré dans une grotte, que l’on peut visiter aujourd’hui. Elle se trouve derrière la baie des Aiguades, non loin du cap Carbon, et est appelée par les navigateurs majorquins “La caverne de Raymond Lulle”. Les Français la nommèrent bien plus tard “La grotte de Sainte-Anne”, lieu où il a été aperçu pour la dernière fois.

Yacine Boudraa

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