«Rêver de figues en hiver». Cette formule proverbiale usitée dans le jargon populaire kabyle traduit l’impossibilité de disposer de ce fruit du terroir à une période de l’année censée être celle de l’hibernation et du repos végétatif.
Réclamer des figues en hiver, ou simplement en désirer, revient donc à se nourrir de chimères et se bercer d’illusions. Sauf que depuis que le temps a commencé à faire des infidélités au calendrier, les fondements de cette formule consacrée se sont mis à vaciller. Les bouleversements induits par le dérèglement climatique sur la périodicité des saisons se sont traduits par des phénomènes confinant à l’hérésie. Le figuier fait, pour ainsi dire, Pâques avant les Rameaux. Cet arbre qui ne fleurit jamais (une curiosité de la nature), fructifie au beau milieu de l’hiver ! Un défi aux lois de la nature et aux règles de la botanique. Quelques mois après s’être délesté de sa «toison» verte et entré dans son cycle périodique de dormance, il s’est brusquement réveillé de sa léthargie. Copieusement abreuvé par les pluies de ces dernières semaines, les arbres ont donné naissance à une foison de fruits. Cette fructification, qui n’a pas atteint son stade de différenciation, est signalée dans plusieurs localités de la Soummam, comme Ouzellaguen, Tazmalt, El-Kseur et Timezrit. Elle a laissé pantois plus d’un. On note aussi que le figuier est loin d’être un cas à part. D’autres espèces végétales, à l’image du pêcher et de l’amandier, se sont réveillées de leur torpeur, bravant les gelées. Leurs charpentières sont précocement drapées d’une floraison exubérante. Un renouveau avant le l’heure!
N. M.

