Les écrivains publics, aux grosses lunettes, confidents de nos grands-mères qui les chargeaient de transmettre par écrit, leurs joies et leurs peines, ont disparu, depuis déjà longtemps, abandonnés par leurs clients. Ils sont en effet, détrônés, depuis longtemps, par le téléphone fixe avant que le mobile ne leur donne le coup de grâce. Ils ont remisé au placard leurs petites machines à écrire qu’ils installaient, il fut un temps, dans un coin du café ou carrément sur le trottoir. Le nouvel écrivain public des temps modernes, possède un local, comme pour une quelconque autre activité commerciale. Un bureau, une armoire et une machine à écrire ou un micro-ordinateur pour les plus jeunes, suffisent pour apposer une enseigne de « écrivain public », devant leur boutique. L’absence de travail aidant, beaucoup de chômeurs et de retraités, s’essayent avec plus ou moins de succès, à cette tâche qui est loin d’être une sinécure. Avec la généralisation du téléphone, les lettres familiales n’ont plus le droit de cité. Ce sont surtout, des correspondances administratives qui sont traitées par les écrivains, devenus aussi des conseillers de leur clientèle. Les demandes de visa, les dossiers de retraite ou de pension tout comme les conflits avec les caisses de sécurité sociale ou les banques d’outre mer, sont les principales activités traitées par les écrivains publics. Ils sont une dizaine à avoir emboîté le pas, au plus ancien, connu sur la place de Michelet, dans cette activité qu’il exerce depuis une trentaine d’années. La renommée des plus compétents est vite faite par la clientèle, satisfaite des résultats des démarches entreprises par leur « écrivain de famille ». On y rencontre particulièrement des femmes et des hommes âgés, parfois aussi des jeunes qui ne peuvent se passer de la plume de Nafaâ. Il représente l’ultime recours après maintes et surtout vaines réclamations. Comme pour les meilleurs spécialistes, en médecine, la file d’attente se constitue, dès six heures du matin. Seuls les premiers arrivés auront un jeton pour accéder à son bureau. Les autres iront s’adresser ailleurs. Ceux qui ont recours à ses services ne sont pas toujous des illetrés. Les sujets traités à l’interieur du bureaux sont souvent complexes et demandent beaucoup d’expérience, dans le domaine. A Aïn El Hammam, il est devenu l’avocat des retraités d’ici et d’ailleurs ou des ayants droit de ceux qui sont décédés. La constitution des dossiers ainsi que les difficultés de s’adresser aux caisses de sécurité sociale, particulièrement celles situées de l’autre côté de la méditerranée, rebutent les plus érudits. Ce qui explique la clientèle, de plus en plus nombreuse, de ces nouveaux bureaux.
A. O. T.
